Frère Joël Palud  - des vies de Frère, le blog des frères des écoles chrétiennesLa foule est plutôt bigarrée. Les repères identitaires ne manquent pas : la religieuse en bleu marine, le scout au foulard torsadé, l'adolescent prolongé qui, passé la trentaine, arbore le look "retour de katmandou en stop", le jeune cadre dont le tee-shirt un peu frippé ne dissimule pas la coupe de cheuveux soignée et les lunettes à la mode, les jeunes venus en groupe scolaire et qui regardent du coin de l'oeil si le prof ne les surveille pas de trop près... Chacun essaie d'oublier les contorsions auxquelles oblige l'absence de mobilier, le plus vieux font taire les rhumatismes, le temps de s'installer par terre, assis, accroupi, en tailleur, à plas ventre... Seule règle implicite : ne pas mettre ses sandales sous le nez du voisin.

Taizé - Frère Joël Palud - des vies de Frère, le blog des frères des écoles chrétiennesLes cloches sonnent déjà depuis dix minutes et les derniers moines s'installent. A chaque fois le même frisson : "Alleluia" lance le moine. Jusque là, le silence était relatif, surtout près des portes, maintenant ça y est ! Ceux qui ont participé aux répétitions de chant de la veille sont heureusement répartis dans toute l'assemblée. Les quatre voix démarrent instantanément. En pleine époque estivale où il semble de bon ton de faire la grasse matinée après une soirée en discothèque ou de s'éveiller au clapotis des vagues qui lèchent le camping des flots bleux, quatre mille personnes commencent leur journée par une prière de louange. Nous venons d'une quarantaine de pays, et il faut une demi douzaines de traduction pour que chacun entende une langue qu'il comprend à peu près. Je suis moins étonné par la qualité des chants que par la qualité du silence après l'Evangile. Un vrai quart d'heure de méditation pendant lequel on entend nettement mieux les oiseaux à l'extérieur de l'église que les 4000 personnes à l'intérieur.

L'universalité de l'Eglise -ou plutôt du peuple de Dieu dans ses différentes églises- a un heureux effet paradoxal : comment s'entendre dans un groupe de partage avec un hollandais, un italien, un serbe et un norvégien ? La difficulté contraint chacun à se rappatrier sur une langue commune parfois à peine maîtrisée, beaucoup de gestes et de sourires. Nous voilà soudain obligés de ne dire que l'essentiel ! Et l'échange gagne en profondeur ce qu'il perd en possibilité de tourner autour du sujet. "Dieu est-il important dans ta vie" ? Faute de traduction de "peut-être", "sans doute", "de temps en temps"... nous voilà réduits à ce simple OUI qui manque de nuance et que l'on se surprend à devoir assumer en souriant.

C'est sûrement là une des raisons de ma joie de retrouver Taizé, que je ne n'avais plus guère fréquenté depuis le temps où j'étais postulant : se retrouver dans un lieu où la foi n'a rien d'exotique, où chaque matin, Dieu est à sa place puisque le premier servi.

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