Fleurs d'été, des vies de Frère, le Blog des Frères des Écoles Chrétiennes

Frère Alain Lelièvre, Frère des Écoles ChrétiennesLes vacances peuvent être aussi un temps pour regarder dans le rétroviseur et faire une véritable « rétroprojection » : retrouver les racines de son engagement pour éclairer le présent et dessiner des lignes pour l’avenir. Qu’a été l’année ? Quelles sont les arpèges ou les harmoniques qui ont marqué la symphonie de ma vie ? Pour continuer à filer la métaphore musicale, certaines périodes sont « fantastiques », d’autres « pathétiques » voire « héroïques ». Si on en fait la relecture, peut-être y trouvera-t-on Dieu à l’œuvre ? « Lui qui n’a pas épargné son propre Fils, mais l’a livré pour nous tous, comment avec son Fils ne nous donnerait-il pas tout ? » (Ro 8, 32).

Il n’est pas toujours évident de trouver sa présence : le sable du ru est parfois tellement agité qu’il en cache au regard la source qui l’a fait naître. Il faut lui laisser le temps de se déposer pour qu’apparaisse à nouveau la limpidité. Me revient à l’esprit ce qu’écrivait Jean-Baptiste de La Salle quand il relisait son itinéraire : « Dieu qui conduit toutes choses avec sagesse et avec douceur et qui n'a point coutume de forcer l'inclination des hommes, voulant m'engager à prendre entièrement le soin des écoles, le fit d'une manière fort imperceptible et en beaucoup de temps ; de sorte qu'un engagement me conduisit dans un autre, sans l'avoir prévu dans le commencement. »

Je pense aussi à la rencontre de Jésus avec la Samaritaine. Le Seigneur dit cette parole surprenante : « Va, appelle ton mari et reviens ici. » La femme lui répondit : « Je n’ai pas de mari. » Jésus lui dit : « Tu dis bien : « Je n’ai pas de mari » ; tu en as eu cinq et l’homme que tu as maintenant n’est pas ton mari. En cela tu as dit vrai. » (Jn 4, 16-18) A cette époque, le jeune marié offrait l’eau à ses invités. L’Alliance entre Dieu et les hommes était symbolisée par le thème des noces ; on désignait Dieu comme l’époux. Les maris évoqueraient alors les faux dieux qui éloignent de la vraie source d’eau vive. Voilà une invitation à un changement de regard : discerner pour voir ce qui est attachement à des idoles ou service de Dieu.

C’est tout cela que je retiens pour cette année. J’ai vécu des expériences variées qui se sont révélées riches de sens. Des liens se sont créés qui ont favorisé une prise de recul. J’ai eu la chance de pouvoir reprendre des études de théologie et d’exégèse à la catho de Lyon. La qualité des cours a amené un véritable ressourcement intellectuel et spirituel. La diversité d’origine des membres du groupe d’étudiants m’a ouvert plus encore au caractère universel de la mission ecclésiale. La pluralité des insertions, la richesse de chacun mais aussi l’accueil des difficultés rencontrées par les uns et par les autres a montré une Eglise en construction, bien ballotée dans les tempêtes actuelles provoquées par les bouleversements mondiaux et les enjeux de société. Je garde aussi comme support de la charpente l’ouverture œcuménique : le chemin de l’unité est encore long, douloureux restent les stigmates de l’Histoire, mais le temps de Dieu n’est pas celui des hommes : celui qui nous rassemble est plus fort que nos divisions. Le Maître semble parfois dormir au fond de la barque de notre quotidien, mais il nous dit : « Quand j’aurai été élevé de terre, j’attirerai à moi tous les hommes. » (Jn 12, 32). N’est-ce pas là un immense espoir ? Nous sommes collaborateurs du projet de Dieu sur le monde. Il en est le maître d’œuvre. Nous avons à discerner les signes de sa présence et de son action.

Bonne fin de vacances. Que le déblaiement de la source permette au filet d’eau qui en sortira d’irriguer votre rentrée.