Frère Louis Cognée - des vies de Frère, le blog des frères des écoles chrétiennesIbrahim, Fathia, Wong, Schréko, Mohamed et les autres… des noms, des visages, que j’emporte en mémoire. Ils ont peuplé mon attention pendant 5 ans, ils s’inscrivent aujourd’hui dans le répertoire de mes souvenirs. Je les quitte, mais ils sont toujours là.

Avant de partir, ils ont dit « merci ». Merci à tous ces bénévoles qui deux fois par semaine sont venus vers eux pour les éveiller à la pratique de la langue française. Merci aux membres de l’association ALFAccueil, à l’équipe de coordination. Merci à l’établissement solaire JBS qui leur a ouvert ses locaux très largement. Merci à l’accueil.

Enfants dans une cour d'école, des vies de Frère, le blpog des Frères des écoles Chrétiennes

L’an prochain, ils trouveront d’autres visages. Ils veulent tous revenir. Ils ont faim. Faim d’apprendre, de comprendre, de retenir, de parler, de lire, d’écrire et de se retrouver pour vivre quelques bons moments, ensemble.

Cinquante trois cours de français par an, c’est peu. Ils en voudraient plus et pourtant ils sont rares ceux qui accomplissent la totalité du parcours. Ils savent bien que pour progresser il faut se monter assidu au travail. Mais la vie est dure. Il faut arracher le quotidien au jour le jour. L’inventer. Le bâtir. Le gagner par des « petits boulots » dont plus personne ne veut et qui rapportent quelques sous au soir d’une journée fatigante.

Il est bon de parler avec eux. Ils racontent leur galère, leur crainte du renvoi, leur combat, mais aussi leur joie. Car ils ne sont pas tristes ! Ils aiment la vie, cette vie même qui résiste à leur avancée, à leur projet, à leurs ambitions. C’est dur de vivre en France, mais c’est tellement mieux qu’au pays d’où ils viennent ! Là-bas, c’est la guerre, la persécution, l’insécurité, le désespoir.

Réserver chaque semaine deux soirées pour étudier le français ? - Mais qui va garder les enfants, ce soir ? - Qui sera auprès du grand frère malade à l’hôpital ? - Mon père est mourant, je dois rentrer au pays. - J’ai trouvé du travail pour un mois, à Rouen…

Ils sont fous ! pensez donc, ils ont tout quitté ! Ils sont sans papier. Alors à tout prix, en courant s’il le faut, ils viendront au cours de français, pour recevoir en fin d’année, une « attestation de présences ». Un « papier » qui pèsera dans leur dossier de demande d’une carte de séjour.

Au revoir les amis ! Je garderai au fond de moi la force de votre cri.