Frère Jacques d'HuiteauLe dimanche 15 mai, les catholiques ont été invités à prendre conscience qu'ils pouvaient donner à leur vie un tour particulier en même temps qu'un sens où leur foi est pleinement vécue. C'était en effet la journée de prière mondiale pour les vocations.

A cette occasion le diocèse d'Aix a fait paraître sur un mode humoristique la petite annonce suivante : "offre d'emploi" publiée par le diocèse d'Aix, à l'occasion de la journée mondiale de prière pour les vocation, des vies de frère, le blog des Frères des Écoles Chrétiennes Evidemment la "multinationale" en question est l'Eglise et la "filiale" le diocèse. Quant à l'emploi offert, nul doute qu'il s'agit de celui de prêtre. Une telle offre pourrait-elle correspondre à une "embauche" comme Frère ?

L'Institut des Frères est également une "multinationale" présente dans les 5 continents et 80 pays. Ses membres s'engagent aussi à rester célibataires toute leur vie. Le sens du contact et de l'écoute constitue l'essentiel d'un style de vie dont la fraternité est la valeur fondamentale.

Quant aux éléments de profil touchant la formation, le salaire, le travail, la retraite ils sont à moduler en fonction de l'environnement où vit chaque Frère. Certains Frères reçoivent un salaire d'enseignant ; d'autres celui d'un animateur socio-culturel ; d'autres ne sont pas rétribués personnellement pour leur travail, c'est leur communauté qui en reçoit directement le fruit. Mais quels que soient les revenus personnels ils les mettent tous en commun et les gèrent communautairement. Un solide sens du partage est donc requis. Sans être nécessairement socialistes ou communistes ils pratiquent des aspects fondamentaux de ces deux visions de la société !

Bac+8 n'est pas forcément exigé, ce qui ne veut pas dire qu'une bonne formation n'est pas nécessaire. Si un Frère veut être enseignant il doit satisfaire aux exigences de l'Education nationale : Bac+5 et concours. S'il envisage de s'occuper d'enfants des rues, s'il s'investit dans le monde des loisirs, une formation socio-éducative est utile. Par ailleurs si les Frères veulent "construire l'Homme" leur projet de vie inclut aussi de "dire Dieu". C'est pourquoi une solide formation spirituelle, théologique et pastorale fait partie de leur formation initiale et continue.

Un autre élément de profil me paraît aujourd'hui important voire essentiel : le goût de l'aventure. En effet la vie de Frère en est une. C'est une aventure intérieure dont la passion constitue le moteur, un moteur à deux temps car en fait cette passion est double : elle concerne Dieu recherché tout au long de la vie, elle concerne les jeunes dont la formation et l'éducation sont perçues comme des leviers essentiels pour la réussite de leur vie C'est une aventure pleine d'imprévus qui demande disponibilité et humour.

Disponibilité car l'horizon ne se limite pas à une région donnée, à un travail précis : un Frère peut être appelé à vivre dans un autre pays, à parler une autre langue, à recevoir diverses missions. J'en sais quelque chose. Humour car il s'agit de vivre en frère au milieu de jeunes toujours imprévisibles, parfois provocateurs, aux réactions déconcertantes. Humour car la vie en communauté implique d'accueillir la diversité des tempéraments, des âges, des origines sociales, des visions du monde. Plus profondément l'humour est l'acceptation de l'humanité, la sienne et celle des autres, et une manière de l'aimer. Le mot ne commence-t-il pas par "hum" qui renvoie à humain et se termine par "our" comme dans amour ?

Si la vie de Frère ne fait plus aujourd'hui recette, pas plus que celle de prêtre, elle reste une "offre d'emploi" mais surtout de vie qui mérite d'être envisagée par ceux qui prennent l'Evangile au sérieux et sont prêts à tenter l'aventure de mettre Jésus au centre de leur vie et de le suivre au milieu des jeunes pour le leur révéler.