Frère Alain le Coq  - des vies de Frère, le blog des frères des écoles chrétiennesDans le cadre d’une semaine d’animation culturelle de la ville de Saint-Laurent du Maroni, était programmé un concert « Gospel » de Peggy Pettit Tissier. Cette artiste afro-américaine, originaire de Saint-Louis, dans le Missouri, est, tour à tour, chanteuse, danseuse, comédienne et aussi enseignante à l'université du théâtre expérimental de New York. Ce concert s'est tenu dans l'église Saint-Laurent, au centre-ville, à deux pas de la communauté. Accompagnée de son pianiste, Peggy nous a invités à un Voyage au travers des musiques Blues et Gospels.

Le voyage de Peggy, des vies de Frères, le blog des Frères des Écoles ChrétiennesCe qui m'a frappé dès mon arrivée dans l'église, c'est que l'artiste était déjà là, dans la pénombre, portant une tenue sobre, accoudée au piano, dans une posture de concentration et de méditation, faisant abstraction de ce qui se passait autour d'elle. Dès que la directrice du Festival a présenté la soirée, nous avons compris que la chanteuse était plus que ravie de chanter dans cette petite église, marquée par l'histoire du Bagne. Ce qui était annoncé comme un « concert » allait devenir une expérience musicale proche d'une véritable prière, nourrie des chants des ancêtres esclaves de la chanteuse.

J'ai été impressionné par sa manière de nous conduire pas à pas dans son Voyage. Avec un français approximatif mais bien sympathique, elle nous a introduits, en quelques touches, dans sa propre histoire et le contexte des chants. Le public, métro et créole, n'a pas tardé à se trouver en pleine syntonie avec l'artiste qui l'invita à chanter avec elle, à se lever et à frapper des mains. Très vite, elle a su instaurer un climat de communion entre le public et elle. Je dirais même qu'à un moment je me suis senti uni, par-delà l'espace et le temps, à tous ces « esclaves » d'hier et d'aujourd'hui, déracinés de leurs terres africaines, criant leur soif de liberté et leur désir de dignité.

Le voyage de Peggy, des vies de Frères, le blog des Frères des Écoles ChrétiennesJe me suis alors interrogé sur les ingrédients qui ont fait qu'en quelques minutes l'artiste a su conquérir son public. J'en ai relevé quelques-uns, sans doute y en-a-t-il d'autres...

• son talent, couplé de compétences acquises tout au long de sa vie d'artiste,

• un travail au quotidien : la veille et le jour-même, je l'ai entendu répéter des heures dans l'église : travail sur la voix, mais certainement sur le regard, la gestuelle et la maîtrise de l'espace,

• la magie d'une musique rythmée, surgie du cœur d'hommes et de femmes racontant leur descente aux enfers et criant leur foi et leur espérance inspirées de la Bible,

• et le dynamisme intérieur de l'interprète, mu par la foi, capable de transfigurer ceux-là mêmes qui étaient venus simplement l'écouter.