Frère Dominique Dubus, Des vies de Frères, le Blog des Frères des Écoles ChrétiennesCes quelques lignes afin de vous transmettre un aperçu des occupations nouvelles d’un pauvre hère arrêté brutalement, début juillet 2006, dans ses activités en banlieue parisienne.

L’hospitalité de cette maison de retraite des Frères, à Caluire, aux portes de Lyon, est sans pareille puisque, une simple halte, prévue pour une seule nuit le soir du 12 juillet 2006, s’est transformée en un long séjour dont je profite encore aujourd’hui ! L’école Oscar Roméro et la Cité des Doucettes, à Garges-lès-Gonesse, s’éloignent donc doucement dans le temps. Je côtoie, ici, une quarantaine de Frères des secteurs de Savoie et du Centre. La fraternité est réelle et je me sens accueilli sans peine, même si je ne peux partager des souvenirs communs.

Passé le temps des soins, il m’a été possible de me proposer à quelques services internes et de profiter de l’attirante situation géographique de Lyon.

Aide aux devoirs, Des vies de Frères, le blog des Frères des Écoles ChrétiennesD’autres perspectives ont aussi pris naissance parmi lesquelles celle de rejoindre l’association A.D.O.S. installée dans un quartier défavorisé au cœur de Lyon, depuis septembre 1984, à la demande de la Congrégation des Frères. Cet accompagnement à la scolarité, niveau collège, s’inscrit aujourd’hui dans le cadre des contrats éducatifs locaux (C.E.L.) et du parcours de réussite éducative (P.R.E.). Actuellement, cinq permanents salariés assurent la structure et le bon fonctionnement de l’ensemble, avec succès. Par semaine, une quarantaine d’animatrices et d’animateurs se mettent à la disposition de quelques deux cents jeunes pour une aide à leurs devoirs journaliers. Ainsi, depuis plus de deux ans, je me rends au local deux après-midi par semaine, heureux de poursuivre une présence auprès des jeunes, présence commencée en 1954 !

À mon arrivée, je salue les adultes. Ces derniers sont de tous âges, jeunes étudiants, enseignants en activité ou à la retraite, chefs d’entreprise, mères et pères de famille aux professions diverses. Je suis toujours admiratif de leur culture et de leur connaissance de langues étrangères. Puis, je gagne une table assez grande pour y recevoir un ou deux jeunes, rarement davantage.

Alors, commence l’imprévu ! Je ne peux me préparer à ce qui sera demandé. Quelles seront les questions soulevées, les tâches à réaliser ? Le français sera-t-il abordé sous l’angle de la syntaxe ? de la conjugaison ? d’une étude de texte ? d’une rédaction ? Et l’enseignement, lui-même, s’étoffe d’un vocabulaire et d’un mode de raisonnement souvent différents de ceux de mes propres études. Je courbe quelquefois l’échine ! Heureusement, les livres et, parfois, le recours aux collègues présents, sont des aides précieuses !

Aide aux devoirs, Des vies de Frères, le blog des Frères des Écoles ChrétiennesLes meilleurs moments sont ceux qui s’écoulent auprès de jeunes E.N.A.F. (Enfants nouvellement arrivés en France). Se présentent, ainsi, de lointains pays de l’Est et de l’Ouest, la Tchétchénie, l’Arménie, le Bulgarie, le Brésil, le Pérou, avec des étapes en Afrique. Il faut leur apporter de l’aide en Français dans une étude du vocabulaire, d’une construction de phrase, d’une application de règles de grammaire. Et ces dernières sont souvent malicieusement escortées de plusieurs paragraphes d’exceptions ! Alors, force gestes ou recherches de synonymes tentent de venir au secours d’une langue dont l’apprentissage se révèle receler bien des difficultés.

Les heures, les jours, les semaines s’égrènent alors avec la satisfaction de se sentir, ou de se croire, encore un peu disponible au service d’autrui. Il est fort à penser que les années se succèderont ainsi avec leurs heures irremplaçables d’une vie qui s’écoule. L’âge étendra ses infirmités et réduira les possibles. Ainsi, coulera goutte à goutte ce temps précieux dont je suis si avare. Alors, il faudra, sans négliger son corps, continuer à prier et, surtout, parer son âme.