Frère Jacques d'HuiteauRécemment les chrétiens du Proche-Orient ont été victimes d’une série d’actes criminels ou de sentences iniques : en Irak, en Égypte, au Pakistan. La presse s’en est émue ainsi que l’opinion publique qui jusque là s’était peu souciée des persécutions dont ceux qui professent la foi au Christ étaient les victimes. Les images de la foi et des chrétiens véhiculées jusque là les rangeaient plus dans les catégories des bourreaux (d’enfants), des sectaires intolérants ou des naïfs impénitents. D’autre part une conception radicale et « ayatollesque » de la laïcité les avait rayés de tout intérêt. Le dernier agenda élaboré par des fonctionnaires de l’Union européenne pour les écoliers d’Europe en est la parfaite illustration. Les fêtes des principales religions du monde y sont mentionnées …sauf les fêtes chrétiennes. Ni Noël, ni Pâques n’y figurent.

Durant ces dernières semaines j’ai eu l’occasion d’approcher de près la situation des chrétiens du Proche-Orient. En effet j’ai passé deux semaines au Liban, où j’ai fêté Noël, et j’ai eu l’occasion de rencontrer des Frères venus de tout le Proche-Orient ainsi que le directeur du collège d’Alexandrie dont des élèves et des parents ont été victimes de l’attentat.

Affiche pour les journées lasalliennes de la paix - Frère Jacques d'Huiteau - Des vies de frères, le blog des freres des ecoles chrétiennesAu Liban existent 7 « collèges des Frères » comme on dit là-bas, même si la quasi-totalité des enseignants et des cadres sont des Laïcs. Certains de ces collèges accueillent des élèves musulmans. Ils sont même majoritaires dans l’un d’entre eux. Si on ne peut plus guère parler de collège des Frères je pense que l’on peut parler de collèges de la Fraternité car l’un des objectifs est que jeunes chrétiens et jeunes musulmans apprennent à se connaître, à s’estimer, à s’entraider. C’est d’autant plus important qu’au Liban, suite à la guerre civile, la société s’est « communautarisée » : à Beyrouth chaque confession religieuse (chrétiens, chiites, sunnites, druzes…) s’est repliée dans un quartier clairement identifié. L’école reste l’un des rares lieux où une rencontre quotidienne est possible.

C’est l’un des aspects essentiels de l’héritage des Frères que des Laïcs lasalliens tentent de préserver et de faire fructifier au prix parfois de combats intérieurs avec des solidarités et appartenances personnelles fortes.

J’ai aussi rencontré des Frères, jeunes et moins jeunes, qui au Liban, en Égypte, en Palestine, en Israël, luttent dans un environnement difficile pour que croire en Dieu ne soit pas un facteur de haine ou de division mais de paix. La tâche est rude. Elle demande de dépasser ses propres peurs et ses propres ressentiments. Elle demande d’aller à contre-courant des extrémistes de tout poil qui ne cessent de jeter l’huile de la haine sur le feu de la peur, et cela au nom de Dieu. J’imagine que Celui-ci doit piquer de sacrées colères face aux crimes stupides et abjects, aux injustices flagrantes, qui peuvent être commis en son nom par désespoir, à cause de la manipulation de jeunes par des idéologues fanatiques ou assoiffés de pouvoir, ou tout simplement par préjugés.

Face à cela nous croyons qu’un certain type d’école peut réduire la « pulsion de mort », comme aurait dit Freud, que les persécutions et autres attentats font passer à l’acte. Une formation intellectuelle et sociale peut donner l’espoir d’un avenir. L’éveil et le développement de l’esprit critique peuvent prémunir contre les manipulations, y compris religieuses. Une connaissance des valeurs, des richesses spirituelles des autres croyances peut ôter aux préjugés leur pouvoir d’aveuglement et de nuisances. Là sont la grandeur et la grande nécessité de la mission lasallienne au Proche-Orient, et plus particulièrement de la vocation de Frère. « Heureux ceux qui créent la paix autour d’eux car Dieu les appellera ses fils » (Matthieu 5, 9)