adulte africain dans une salle de classe, illustrant le billet de F. Louis Cognée "Alphabétiser : lieu de libération", des vies de Frères, le blog des Frères des Écoles Chrétiennes

Frère Louis Cognée - des vies de Frère, le blog des frères des écoles chrétiennesL’adulte étranger, homme ou femme, qui, dans un effort surhumain s’évertue à vous faire comprendre qu’il souhaite parler votre langue pour communiquer avec vous, exprime bien souvent une détresse. Sa demande est un cri. Qui saura l’entendre ? Qui, dans son entourage le rejoindra jusqu’à l’origine de sa supplication ? D’où peut bien naître ce cri et que veut-il exprimer ? Il m’a été donné de lire dans les yeux de certains l’expression d’une profonde détresse. Je représentais pour eux comme une lueur d’espoir.

L’homme qui vient de loin et qui débarque sur une terre inconnue est un homme emmuré dans son propre discours. Il n’a que lui pour comprendre ce qu’il veut. Tout juste dispose-t-il de quelques gestes pour exprimer ses besoins les plus élémentaires.

Alphabétiser une personne, c’est s’introduire sur une terre d’attente. C’est prendre conscience que tout ce qui va lui être dit ou signifié sera recueilli avec une attention maximale. Son regard et son écoute sont au plus haut niveau de réceptivité sensorielle. Pas une miette de ce qui est dit ne sera mise de côté, sauf si le repas est trop copieux. D’où une nécessaire vigilance de l’enseignant pour ne jamais avancer d’un pas sans que le précédent ait solidement trouvé son assise.

Tout est à faire, depuis la juste phonétique des voyelles jusqu’à l’assemblage des syllabes pour la construction d’un mot. Le but est atteint quand, par un sourire, l’apprenant signifie qu’il a saisi le rapport entre ce qu’il vient d’entendre et le codage lettré tracé sur le tableau. Pas à pas il devine qu’il sait lire et qu’il doit, par ses propres moyens, progresser dans l’apprentissage. L’enseignant vient de lui confier les clés qui ouvrent les portes de la communication orale et écrite avec l’autre par la médiation d’une nouvelle langue.

adultes dans une salle de classe, illustrant le billet de F. Louis Cognée "Alphabétiser : lieu de libération", des vies de Frères, le blog des Frères des Écoles ChrétiennesTout peut être gâché si l’enseignant n’a pas pris soin de s’assurer que le premier bâton tracé sur la page blanche est à l’origine de la calligraphie latine. Le rond suivra, et la boucle et le jambage. Si, ce jour-là, l’enseignant a apporté à ce premier geste tout le poids d’avenir qu’il comporte, il a offert à cet homme, à cette femme, la possibilité de s’exprimer par écrit et, par là, ouvert un champ d’expression illimité.

Apprendre, comprendre et retenir, trois activités constantes qui se compénètrent pour une assimilation durable. Trois moteurs que l’élève et le pédagogue doivent sans cesse alimenter pour une progression efficace. S’amorce alors la lente émergence d’une existence solitaire enfouie sur elle-même vers l’éclosion de relations avec l’autre devenues possibles grâce à l’usage de sa langue.

Alphabétiser, une tâche laborieuse mais combien exaltante qui fait sauter les barrières du dialogue, libère la force des désirs et donne accès au champ illimité du savoir.

En savoir plus : Alf'accueil, cours d'alphabétisation