Frère Jean-Paul BaratonJetées à la va-comme-je-te-pousse", quelques réflexions saisies à la va-comme-je-te-pense par quelqu'un qui vient de se "retirer". Mais si je viens de prendre ma retraite, je ne bats pas pour autant en retraite. Je mets fin à une activité professionnelle, ce qui est un arrachement mais aussi une chance immense : je laisse la place à d'autres et je dois trouver une nouvelle façon de me situer.

Ma chance, c'est la maison où je vis et que j'ai envie d'appeler, aujourd'hui, "la maison du passage". En effet, cette maison se situe comme un carrefour où se croisent bien des trajectoires. D'abord, elle est une maison provisoire (mais toute maison ne l'est-elle pas ?) puisque nous allons bientôt traverser la rue. Elle abrite aussi l'escalier qu'empruntent quotidiennement plusieurs centaines d'étudiants de prépa ou de l'ECAM. Jour et nuit, nous entendons la porte, les conversations. Ils sont de passage. D'ailleurs, chaque passant (c'est le mot) a dû composer, sur le digicode, un chiffre secret (il n'y a que la moitié de la ville de Lyon qui le connaît) qui n'est autre que la date de naissance de notre Fondateur. Tout un programme.

Maison du passage encore parce que notre communauté se compose de frères et d'étudiants qui partagent notre vie pendant dix mois : ils sont venus avec le dynamisme de leur jeunesse, ils partiront avec ce que nous leur aurons permis de découvrir de la vie religieuse : ils sont de passage.

Maison qui fait signe aussi. Les fenêtres de notre oratoire donnent sur le passage. Matin et soir, à travers les fenêtres, le passant peut nous voir prier, la porte est ouverte, l'autel est éclairé toute la journée. Maison du passage, maison-phare.

Maison du passage entre la vallée et la colline. Arrivez par la gare Saint-Paul (de passant, vous êtes devenu passager), montez les 237 marches de la Montée des Carmes, et vous pourrez vous reposer chez nous. Vous n'aurez plus ensuite que 532 marches à gravir pour vous prosterner aux pieds de Notre-Dame de Fourvière.

Maison où vivent des gens dont la vie est ou a été centrée sur la pédagogie. Et n'importe quel dictionnaire de grec vous dira que, dans l'antiquité, le pédagogue était l'esclave chargé de conduire les enfants à l'école. Un passant. Drôle de métier d'ailleurs, où nous veillons à ce que les élèves suivent notre enseignement, tout en assurant leur suivi !

Si vos pas vous mènent jusqu'à Lyon, n'hésitez pas, vous connaissiez l'adresse, alors, passez nous voir.