Frère Jacques d'HuiteauAux USA, où je me trouve actuellement, j'ai découvert que ma réflexion sur l'obéissance avait suscité non seulement des visites mais aussi des réactions et des questions. Volontiers j'apporte quelques précisions sur des aspects de mon propos.

D'abord, même si cette situation était présente à mon esprit, mon blog ne se voulait pas une prise de position sur les "désobéisseurs". J'ai enseigné toute ma vie dans le secondaire et je connais mal l'enseignement primaire. Mais je pense que l'attitude des "désobéisseurs" illustre bien des aspects de l'exercice de l'autorité dans les relations entre les enseignants et leur employeur : l'État.

Frère Georges Metayer et un Jeune - Frère Jacques d'Huiteau - Des vies de Frères, le blog des freres des ecoles chrétiennesCertes celui-ci, comme responsable de la cohésion de l'école de la Nation, a le droit et le devoir d'exercer une autorité sur ceux qui, comme le rappelle un lecteur du blog, ont accepté de rentrer dans une relation contractuelle avec lui. Mais le Droit ne règle pas tout. La logique administrative n'est pas suffisante pour régir le métier d'enseignant.

En effet les profs travaillent sur et avec des personnes en devenir : les enfants, les jeunes. Ils sont également soumis à la pression de parents dont certains attendent beaucoup (parfois trop) de l'école. Il leur faut donc personnaliser au maximum leur enseignement, surtout dans des milieux sensibles. Une approche strictement statisticienne, comptable, règlementaire, de l'enseignement inséparable pour moi de l'éducation est vouée à l'échec. En outre si l'on ajoute le sentiment que les préoccupations du terrain ne sont pas prises en compte, le manque de soutien de la hiérarchie parfois la plus proche en certaines circonstances, la succession des effets d'annonce peu suivies de réalisations, le manque de pragmatisme de ceux qui sont au sommet de la pyramide administrative, on ne peut s'étonner que l'exaspération se mue en désobéissance.

Les hussards noirs de la République, les maîtres d'école catholique, avaient une vision claire de leur mission. S'ils s'opposaient idéologiquement, ils se retrouvaient sur un terrain commun : la volonté de faire grandir leurs élèves, de leur apporter ce qu'ils estimaient être le meilleur pour leur vie actuelle et future. Aujourd'hui l'éducation nationale souffre d'un manque de gouvernance participative et d'une vision de l'Homme fondée sur des valeurs communes à "celui qui croyait au ciel et celui qui n'y croyait pas". Cette gouvernance et cette recherche de valeurs communes sont les deux taches les plus urgentes pour rétablir une confiance et un respect entre les enseignants et l'administration qui les gouverne.