Des vies de Frre

F. Georges Bruyas

Frère Georges Bruyas, professeur des écoles, a exercé son métier en Haute Loire. Son itinéraire l’a conduit jusqu’à Saint- Étienne pour se mettre au service des jeunes sourds de l’institution « Plein Vent ». Il rejoint enfin la colline de Parménie pour faire partie de l’équipe d’accueil avant de répondre à un appel pour servir les frères âgés de la maison de retraite de Caluire.

L’été, un temps de rencontres.

Pinata - Frère Georges Bruyas - des vies de Frère, le blog des frères des écoles chrétiennes

Frère Georges Bruyas  - des vies de Frère, le blog des frères des écoles chrétiennesLe mois d’août a basculé vers la fin des vacances. L’été a déjà un air d’album souvenir. Je me remémore quelques rencontres marquantes.

Une fête de famille dans les alpages

Maroussia, ma nièce et filleule, et Arnulfo son mari fêtent leurs noces de bois (5 ans de mariage) dans le cadre champêtre d’un chalet d’alpage, au cœur de la chaîne des Aravis. Je réponds à leur invitation en ce début d’été. Excellente occasion d’entretenir et d’élargir les liens avec la famille en particulier au niveau des jeunes générations. Avec Diego (4 ans) et Luis (2 ans), me voilà engagé dans une longue chevauchée pour aller délivrer une belle princesse prisonnière dans le château d’un méchant seigneur. Il y a aussi une sympathique tradition mexicaine qui fait rassembler tous les invités autour de la « piñata » garnie de bonbons et suspendue en l’air. Les enfants et les ados, à tour de rôle, des plus petits aux plus grands, essaient de briser sa carapace de carton et de papier en la frappant à l’aide d’un bâton, pour en récolter le contenu.

Des rencontres fraternelles

Elle était prévue de longue date, cette journée. Les Frères d’Argonay, accompagnés de l’aumônier et de quelques membres du personnel se déplacent à Caluire. Quand deux communautés de maison de retraite se rencontrent, des souvenirs communs sont réveillés, les langues se délient, les visages s’animent. Bonne occasion pour évoquer les années de jeunesse, les formateurs d’alors, les bonnes histoires qu’on ressort pour le plus grand plaisir. Les conversations convoquent aussi volontiers des anciens élèves, les meilleurs comme ceux qui donnaient du fil à retordre.

Accompagner un frère jusqu’à la fin de sa vie

Le 3 août, notre communauté a célébré les funérailles du Frère André Tribollet. Depuis un an, il était pensionnaire d’une maison de retraite voisine. Il avait pu y trouver de nouveaux repères et nos visites régulières entretenaient les liens fraternels tissés au long de sa vie laborieuse dans les écoles et les communautés de Lyon et de Saint Etienne. L’ayant veillé avec un confrère, au cours de ses dernières heures, j’ai vécu un moment de totale impuissance devant une vie qui s’en va et en même temps le désir profond d’en recueillir le meilleur comme le germe du grain jeté en terre.

A la rencontre des Saugains

Pour terminer, j’évoquerai mon séjour à Saugues à l’occasion des fêtes de saint Bénilde. Ce fut à la fois une formidable expérience communautaire et un carrefour de rencontres marquantes. Je suis chaque année surpris, étonné par la foi solide des Saugains et leur grande confiance au Frère Bénilde. Il est le témoin de leurs succès comme de leurs épreuves et ils appellent son intercession comme celle d’un grand frère. Ils ne sont d’ailleurs pas exempts d’épreuves, comme tout un chacun. Mais en les fréquentant on découvre une certaine qualité de vie à travers une écorce parfois rugueuse. C’est aussi ce qui ressort de l’exposition de portraits de Saugains réalisée par une artiste-peintre installée dans la région.

Va vers toi !

Frère Georges Bruyas  - des vies de Frère, le blog des frères des écoles chrétiennesFrère Robert Comte dans le blog des Vies de Frères des Ecoles ChrétiennesJ’ai suivi avec beaucoup d’intérêt la série d’entretiens que le Frère Robert Comte a donnée pour la retraite annuelle de la communauté de Caluire. Le dernier entretien était intitulé « Va vers toi ». Il s’appuyait sur le récit de la vocation d’Abraham (Genèse 12, 1) selon une traduction où Abraham est invité à aller vers sa propre terre intérieure, son « je », son identité qu’il doit différencier de celle de son père et de sa mère. C’est ainsi qu’Abraham entreprend ce chemin intérieur au cours duquel il devient véritablement lui-même.

Au cours de cette retraite, chacun était invité à relire son propre itinéraire – le temps de la vieillesse y est favorable – pour y découvrir sa vocation singulière, pour y reconnaître peut-être un accord à la volonté de Dieu, non pas comme établie d’avance, mais progressivement et en pleine liberté.

Le Frère Gérard Coudour, membre de cette communauté de Caluire, a accepté de relire avec moi son histoire et que je vous la partage.

Frère Gérard Coudour

« Ce qui m’a fait vivre jusqu’à aujourd’hui, c’est d’abord l’appel reçu à la vie de frère, c’est-à dire une vie consacrée, avec des frères ensemble, à la suite du Christ, pour le service des enfants et des jeunes, en particulier les plus pauvres.

Cette attention au monde des pauvres s’est fait jour pour moi à travers mes propres échecs scolaires – j’étais dyslexique et de ce fait en difficulté en orthographe et en lecture, matières qui, à l’époque de mon enfance, classaient socialement son homme. Je rejoignais par là le monde des pauvres. Cela me préparait à être solidaire de leurs révoltes et de leurs combats. C’est ce qui a motivé pour moi, par exemple, des choix pédagogiques pour que chaque élève des classes de CAP puisse avancer à son rythme en fonction de son niveau.

Avec un certain nombre de Frères, autour du Frère Honoré de Silvestri, nous cherchions à rejoindre davantage les milieux défavorisés, en même temps que continuaient de se développer les établissements d’enseignement technique. Personnellement, comme directeur de l’Ecole Technique du Mollard à Rive-de-Gier, avec l’appui de l’équipe de direction, je m’engageais à accueillir ceux qui ne trouvaient plus de place nulle part. Mon engagement au sein du groupe FMO (Frères en milieu ouvrier) m’a conduit à faire mienne la pédagogie des Mouvements d’Action Catholique : « entre eux, par eux, pour eux », voir, juger, agir ». J’ai été amené aussi à m’engager et à militer au syndicat CFDT. C’est aussi dans cet état d’esprit de service des pauvres que j’ai participé à la création de la communauté de la rue Servient à Lyon qui pour mieux répondre aux besoins des familles et des jeunes de ce quartier a commencé par y vivre modestement à l’écoute des personnes, des associations déjà au travail.

Autre chose : alors que j’étais jeune frère, le Frère Patrice, constatant que j’étais doué pour le technique, me faisait créer l’atelier de formation pour les petits-novices et pour les jeunes frères à La Croix-Rousse puis à Caluire. Je me suis alors formé en menuiserie en même temps que mes élèves. Tout au long de ma vie, je me suis senti proche de ceux et celles qui travaillent de leurs mains, ce qui a fait naître des amitiés.

Je pourrais aussi parler de ce que m’ont apporté les Frères Raymond Daudé, René Bonnetain, Joseph Gamon, Jean Dumas, Patrice Marey et bien d’autres. Je puis dire aujourd’hui que j’ai vécu heureux : malgré mes outrances, mes oppositions, mon péché, j’ai reçu « le centuple promis à ceux qui ont tout quitté » et largement.

Jusqu’à ce jour, j’ai été interpelé par le mystère de Sainte Trinité : « Le Père se voit en son Fils, image du Dieu invisible et naît entre l’image et le Père un amour infini »

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