Des vies de Frre

F. Jean-Paul Baraton

Frère Jean-Paul Baraton est entré au noviciat exactement le jour de ses 16 ans. Il a commencé à faire la classe à 18 ans. On peut donc dire un appel de jeunesse au service des enfants, pour que les jeunes aient la vie. Toute sa vie de frère s'est passée en milieu scolaire : collège, lycée, internat, enseignement, pastorale... 
A 62 ans, il vient de prendre sa retraite professionnelle, mais une retraite de frère, ça n'existe pas ! Le vieil adage disait que la nature a horreur du vide, c'est aussi le cas d'un agenda de frère : besoins en pastorale, soutien scolaire, paroisse ... 
« Quand on a compris que le hasard n'existe pas, on garde le cœur ouvert : de rencontre en rencontre ... jusqu'à la grande rencontre ! » se plaît-il à dire.

Variations sur le mot Frère

Frère Jean-Paul BaratonOn me passe un dossier émanant d'une organisation religieuse for honorablement connue sur la place de Lyon. Un coup d'œil sur la lettre de présentation. Elle est adressée à "M. le Directeur, Mme la Directrice, Mon Père, Ma Sœur". Un mouvement d'humeur et un tir fort bien ajusté envoient le dossier à la corbeille. Susceptibilité déplacée ? Peut-être. Et pourtant, n'y a-t-il pas là l'indice d'une difficulté à situer la vocation de Frère ? Pour traduire prosaïquement : puisque les femmes ne peuvent pas accéder à la prêtrise, il faut bien qu'il y ait des Sœurs ! Mais des Frères ? N'est-ce pas aussi une invitation à approfondir notre vocation. Les Frères ne sont jamais très bavards quand il s'agit de la théoriser, ils la vivent d'abord. Alors oui, vivons la fraternité, une fraternité qui ne s'accroche pas à un rang hiérarchique, mais qui est au contraire la volonté de reconnaître chez celui ou celle que je rencontre, en dehors de tout "marquage" social, mon frère ou ma sœur, puisque nous avons tous le même père, et donc que nous avons "de qui tenir" ! Jaquette du DVD "Frère, une vie consacrée pour éduquer", Des vies de Frères, le blog des Frères des Écoles Chrétiennes

Je me trouve au travail à Ados, un endroit où se retrouvent les collégiens du 3° arrondissement de Lyon qui ont besoin d'un coup de main pour leurs études. Je ne travaille à Ados que depuis peu de temps, et la responsable, Emmanuelle, passe me voir pour me demander comment je souhaite être appelé, Monsieur, Frère, ou simplement mon prénom. Je suis avec Abd-el-Kader en train de percer les mystères du féminin des adjectifs qualificatifs. Je me demande un instant si l'appellation de Frère peut être gênante dans une institution non confessionnelle et fréquentée par une proportion importante de musulmans. Et puis, je demande à Abd-el-Kader : Abd-el-Kader, tu es mon frère ? Grand sourire, j'ai ma réponse ! Et quand je signe la fiche de suivi du jeune "F. Jean-Paul", les jeunes savent désormais ce que signifie l'initiale !

Qui est le Saint Patron du Net ? Si, si, il existe certainement. En travaillant à cet article et en panne d'inspiration (une fois mais aussi une coutume), je tape le mot "frère" sur le moteur de recherche et je me laisse aller mollement d'un site à un autre. Et je tombe sur le site "Devenir Frères". Comme le premier article est intitulé "Sant Egidio, l'ami des pauvres", je ne réagis pas immédiatement, mais les photos ne peuvent tromper, je viens de retrouver la tribu. Salut mes frères expatriés à Madrid ! Et merci pour ce titre dont je fais une conclusion : "Etre Frère, c'est toujours être en devenir, être Frère, c'est toujours être en avenir. L'avenir est à la fraternité."

La maison du passage

Frère Jean-Paul BaratonJetées à la va-comme-je-te-pousse", quelques réflexions saisies à la va-comme-je-te-pense par quelqu'un qui vient de se "retirer". Mais si je viens de prendre ma retraite, je ne bats pas pour autant en retraite. Je mets fin à une activité professionnelle, ce qui est un arrachement mais aussi une chance immense : je laisse la place à d'autres et je dois trouver une nouvelle façon de me situer.

Ma chance, c'est la maison où je vis et que j'ai envie d'appeler, aujourd'hui, "la maison du passage". En effet, cette maison se situe comme un carrefour où se croisent bien des trajectoires. D'abord, elle est une maison provisoire (mais toute maison ne l'est-elle pas ?) puisque nous allons bientôt traverser la rue. Elle abrite aussi l'escalier qu'empruntent quotidiennement plusieurs centaines d'étudiants de prépa ou de l'ECAM. Jour et nuit, nous entendons la porte, les conversations. Ils sont de passage. D'ailleurs, chaque passant (c'est le mot) a dû composer, sur le digicode, un chiffre secret (il n'y a que la moitié de la ville de Lyon qui le connaît) qui n'est autre que la date de naissance de notre Fondateur. Tout un programme.

Maison du passage encore parce que notre communauté se compose de frères et d'étudiants qui partagent notre vie pendant dix mois : ils sont venus avec le dynamisme de leur jeunesse, ils partiront avec ce que nous leur aurons permis de découvrir de la vie religieuse : ils sont de passage.

Maison qui fait signe aussi. Les fenêtres de notre oratoire donnent sur le passage. Matin et soir, à travers les fenêtres, le passant peut nous voir prier, la porte est ouverte, l'autel est éclairé toute la journée. Maison du passage, maison-phare.

Maison du passage entre la vallée et la colline. Arrivez par la gare Saint-Paul (de passant, vous êtes devenu passager), montez les 237 marches de la Montée des Carmes, et vous pourrez vous reposer chez nous. Vous n'aurez plus ensuite que 532 marches à gravir pour vous prosterner aux pieds de Notre-Dame de Fourvière.

Maison où vivent des gens dont la vie est ou a été centrée sur la pédagogie. Et n'importe quel dictionnaire de grec vous dira que, dans l'antiquité, le pédagogue était l'esclave chargé de conduire les enfants à l'école. Un passant. Drôle de métier d'ailleurs, où nous veillons à ce que les élèves suivent notre enseignement, tout en assurant leur suivi !

Si vos pas vous mènent jusqu'à Lyon, n'hésitez pas, vous connaissiez l'adresse, alors, passez nous voir.