Des vies de Frre

F. Dominique Dubus

Frère Dominique Dubus est né à Paris. Il a passé sa jeunesse dans le quartier d’Auteuil  jusqu‘à ce qu’il rejoigne, en 1950,  le Noviciat du Rancher, près du Mans. S’ensuivent  trois années au Scolasticat d’Hérouville-Saint-Clair après lesquelles il part en Belgique, pour trois ans également, comme en enseignant à Froyennes, avant d’effectuer son service militaire en 1957.

Puis en 1960, c’est le retour à l’éducation des jeunes. Il entre alors au Collège de Passy-Buzenval où il assure des responsabilités d’unités des 5èmes, des 4èmes, puis des secondes… pendant dix-neuf ans. 

À la rentrée de septembre 1979 il vit un surprenant changement : les trente-neuf hectares de Passy-Buzenval se fondent en quatre-vingt mètres carrés, la nombreuse communauté des Frères se trouve réduite à deux personnes et l’enfant du XVIe arrondissement de Paris éprouve la dure réalité d’une présence en Cité !

S’enchaînent alors pour F. Dominique les années d’Oscar Roméro à Garges-lès-Gonesse, occupées par l’enseignement, la direction, puis une présence de retraité jusqu’à la coupure brutale du 12 juillet 2006.

Il vit, depuis cette date, à la maison de retraite des Frères des Écoles Chrétiennes de Caluire.

Un Retraité à Caluire

Frère Dominique Dubus, Des vies de Frères, le Blog des Frères des Écoles ChrétiennesLes jours se suivent, les semaines s’enchaînent, les mois s’attellent. Ainsi se poursuit ce temps de retraite, ponctué d’activités diverses qui brisent monotonie, enfermement, solitude.

accompagnement scolaire, des vies de Frère, le blog des Frères des Écoles ChrétiennesAux moments forts d’une présence à l’association A.D.O.S., à Lyon, vient s’ajouter un temps d’accompagnement scolaire, auprès de jeunes de sixième et de cinquième, du collège St Jean-Baptiste de la Salle. Ce temps me permet d’en définir le programme, d’en chercher, avec plaisir, les détours pour une meilleure compréhension et d’en établir, ensuite, un compte-rendu auprès des enseignants. Demeure, bien sûr, le souhait secret d’un résultat satisfaisant !

Les déplacements dans Lyon et dans cette belle région du Sud, effectués encore sur une monture, certes plus fringante que le cavalier, sont très appréciés et procurent un bon espace de respiration. Sur place, la correspondance entretient des relations avec parents, amis, anciens élèves, personnes isolées ou malades. C’est s’intéresser à ce qu’ils vivent, à ce qui les rend vivants. Et, si la santé le permet, est-il parfois bienvenu d’accepter de se déplacer.

Ainsi, dernièrement, m’a-t-il été procuré le grand plaisir de me rendre à Garges-lès-Gonesse, d’y retrouver une communauté active, profondément investie dans les soucis d’une fin d’année scolaire difficile, et de partager, un soir, avec elle, ses préoccupations. Joie, aussi, de revoir plusieurs personnes de la Cité des Doucettes. L’appartement des Frères y demeure une présence d’Eglise à laquelle les familles se montrent sensibles. Et ces dernières manifestent leur sympathie avec attachement et sincérité.

Le bonheur est alors grand d’aller saluer toutes ces connaissances dont l’amitié n’est nullement ternie par le grand espace laissé entre deux visites. Ce coin qui s’enfonce dans ce temps de la vieillesse me permet aussi d’approfondir une relecture de ma vie, de repasser dans ma mémoire humaine, chrétienne et religieuse les grandes étapes qui m’ont façonné et donné sa forme actuelle. C’est un exercice de mémoire spirituelle qui permet de découvrir et de reconnaître une vie pleine de la présence discrète de Dieu. La communauté m’est nécessaire et bienfaisante et m’aide à cette réflexion.

Oratoire, des vies de Frère, le blog des Frères des Écoles Chrétiennes S’il ne faut pas perdre de temps à courir après la communauté parfaite, il me faut vivre pleinement dans ma communauté d’aujourd’hui. L’idéal n’existe pas. « L’équilibre personnel et l’harmonie rêvée, écrit Jean Vanier, ne viennent que comme des touches de grâce et de paix ». Alors, souvent, me viennent ces questions sur mon apport personnel, sur les efforts à accepter pour une fraternité mieux vécue. La prière devient aussi, remerciements, demandes et intercessions pour toutes les misères qui nous entourent.

Ainsi, la vie travaille-t-elle encore afin d’aller à l’extrême d’une marche vers une pauvreté plus grande que l’on ne peut choisir. Être là, simplement, dans cette confiance muette et obscure, mais riche d’une Espérance.

Un retraité à Caluire

Frère Dominique Dubus, Des vies de Frères, le Blog des Frères des Écoles ChrétiennesCes quelques lignes afin de vous transmettre un aperçu des occupations nouvelles d’un pauvre hère arrêté brutalement, début juillet 2006, dans ses activités en banlieue parisienne.

L’hospitalité de cette maison de retraite des Frères, à Caluire, aux portes de Lyon, est sans pareille puisque, une simple halte, prévue pour une seule nuit le soir du 12 juillet 2006, s’est transformée en un long séjour dont je profite encore aujourd’hui ! L’école Oscar Roméro et la Cité des Doucettes, à Garges-lès-Gonesse, s’éloignent donc doucement dans le temps. Je côtoie, ici, une quarantaine de Frères des secteurs de Savoie et du Centre. La fraternité est réelle et je me sens accueilli sans peine, même si je ne peux partager des souvenirs communs.

Passé le temps des soins, il m’a été possible de me proposer à quelques services internes et de profiter de l’attirante situation géographique de Lyon.

Aide aux devoirs, Des vies de Frères, le blog des Frères des Écoles ChrétiennesD’autres perspectives ont aussi pris naissance parmi lesquelles celle de rejoindre l’association A.D.O.S. installée dans un quartier défavorisé au cœur de Lyon, depuis septembre 1984, à la demande de la Congrégation des Frères. Cet accompagnement à la scolarité, niveau collège, s’inscrit aujourd’hui dans le cadre des contrats éducatifs locaux (C.E.L.) et du parcours de réussite éducative (P.R.E.). Actuellement, cinq permanents salariés assurent la structure et le bon fonctionnement de l’ensemble, avec succès. Par semaine, une quarantaine d’animatrices et d’animateurs se mettent à la disposition de quelques deux cents jeunes pour une aide à leurs devoirs journaliers. Ainsi, depuis plus de deux ans, je me rends au local deux après-midi par semaine, heureux de poursuivre une présence auprès des jeunes, présence commencée en 1954 !

À mon arrivée, je salue les adultes. Ces derniers sont de tous âges, jeunes étudiants, enseignants en activité ou à la retraite, chefs d’entreprise, mères et pères de famille aux professions diverses. Je suis toujours admiratif de leur culture et de leur connaissance de langues étrangères. Puis, je gagne une table assez grande pour y recevoir un ou deux jeunes, rarement davantage.

Alors, commence l’imprévu ! Je ne peux me préparer à ce qui sera demandé. Quelles seront les questions soulevées, les tâches à réaliser ? Le français sera-t-il abordé sous l’angle de la syntaxe ? de la conjugaison ? d’une étude de texte ? d’une rédaction ? Et l’enseignement, lui-même, s’étoffe d’un vocabulaire et d’un mode de raisonnement souvent différents de ceux de mes propres études. Je courbe quelquefois l’échine ! Heureusement, les livres et, parfois, le recours aux collègues présents, sont des aides précieuses !

Aide aux devoirs, Des vies de Frères, le blog des Frères des Écoles ChrétiennesLes meilleurs moments sont ceux qui s’écoulent auprès de jeunes E.N.A.F. (Enfants nouvellement arrivés en France). Se présentent, ainsi, de lointains pays de l’Est et de l’Ouest, la Tchétchénie, l’Arménie, le Bulgarie, le Brésil, le Pérou, avec des étapes en Afrique. Il faut leur apporter de l’aide en Français dans une étude du vocabulaire, d’une construction de phrase, d’une application de règles de grammaire. Et ces dernières sont souvent malicieusement escortées de plusieurs paragraphes d’exceptions ! Alors, force gestes ou recherches de synonymes tentent de venir au secours d’une langue dont l’apprentissage se révèle receler bien des difficultés.

Les heures, les jours, les semaines s’égrènent alors avec la satisfaction de se sentir, ou de se croire, encore un peu disponible au service d’autrui. Il est fort à penser que les années se succèderont ainsi avec leurs heures irremplaçables d’une vie qui s’écoule. L’âge étendra ses infirmités et réduira les possibles. Ainsi, coulera goutte à goutte ce temps précieux dont je suis si avare. Alors, il faudra, sans négliger son corps, continuer à prier et, surtout, parer son âme.