Saint-Denis, banlieue nord de Paris, 14 heures, avant-veille de Noël.
Au 6ème étage d’une tour vit une famille que je connais bien, car j’ai eu presque tous les enfants comme élèves à Oscar Roméro. Quatre garçons, une fille. Le père est parti. La fille - 18 ans - est hospitalisée depuis plusieurs semaines. La maman, légèrement handicapée, vient de sortir pour lui rendre visite. Trois heures de transport en commun, aller-retour.
Paris, rue de Sèvres, 14 heures, avant-veille de Noël.
Je m’attelle à un long travail de bureau.
Soudain, coup de fil de l’aîné de la famille, pour un curieux SOS : «On a décidé de ranger notre appartement, mais c’est tellement le bordel qu’on ne sait pas par où commencer ! ».
Comme je connais les lieux, je me lance dans des conseils à distance, mais je sens bien que ce n’est pas vraiment la demande. «Ce serait mieux si tu pouvais passer !...» Une demi-heure de métro plus tard, je suis sur place.
Je me trouve face à quatre garçons de 15 à 26 ans, prostrés, incapables de se prendre en main ! Il est vrai que le spectacle laisse pantois, tellement le désordre et la saleté ont fini par prendre le dessus. Le chacun pour soi, qui fait office de vie familiale, a produit inexorablement ses effets...
Après un moment de retrouvailles, j’organise les tâches en préconisant le nettoyage par le vide, et chacun s’active, en musique, selon le plan établi. Le cadet de 15 ans, qui a mis une tenue de circonstance (marcel et bermuda) n’arrête pas de me souffler, avec un grand sourire : «Depuis le temps que je voulais ranger ! C’est tellement mieux quand c’est propre !»
Des centaines de cafards, dérangés par cette activité inhabituelle s’agitent dans tous les sens et plusieurs passent de vie à trépas... Au fur et à mesure que les bacs-poubelle, en bas de l’immeuble se remplissent, l’appartement retrouve une belle allure. Bientôt, l’évier de la cuisine redevient accessible et la salle de bain qui s’était transformée en cellier, retrouve son usage initial !...
Le chantier s’achève par un briefing autour d’une bouteille de coca. Nos mines réjouies en disent long sur les sentiments qui nous habitent. On se congratule. Chacun soumet des propositions pour éviter de retomber dans le même cauchemar. On se croirait à la fin d’une émission de télé-réalité !
C’est le moment, où arrive la copine d’un des garçons. On me présente : «C’est notre grand frère qui est venu nous aider à ranger l’appartement...»
Paris, rue de Sèvres, 18 heures, avant-veille de Noël. Je m’attelle à un court travail de bureau...



