
Quand j’ai pris l’avion, le 12 août avec ma collègue Héloïse, je ne savais pas à quoi m’attendre en Guyane, je savais simplement que 2 Frères, Jean et Louis, seraient là pour nous accueillir et nous faire découvrir la Guyane et particulièrement St Laurent du Maroni.
Précédemment dans ce blog, je signalais l’indispensable abandon lorsqu’on démarre une nouvelle aventure de vie, qui plus est lorsque s’ajoute, se complète, une aventure éducative et pédagogique.
1er abandon : les quelques conforts ou habitudes que j’avais à Toulouse. Je m’en suis rendu compte assez vite et j’ai pu donc apprécier les 5 années vécues à Toulouse. Bien sûr, je construis avec la communauté les nouveaux repères de vie, et de nouvelles habitudes se mettent en place. C’est une nouvelle naissance, c’est très agréable.
2e abandon : les représentations et logiques de métropole. La Guyane, c’est différent ! Il faut accepter que les choses prennent le temps qu’elles ont besoin, que parfois on assiste à de surprenantes journées où on a l’impression que tout se décante d’un coup.
3e abandon : la stabilité éducative et pédagogique. Clairement, je me rends compte que cette année scolaire va démarrer avec des interrogations, des doutes peut-être, des défis à relever, une expérience d’enseignement qui ne situe plus du tout dans le registre de la continuité, comme je l’avais depuis 2 ans dans la classe de CM1 qui m’était confiée. Je le savais mais je le ressens plus fortement ici. Autant vous dire que cet abandon est voulu, et bien vécu.
3 abandons riment avec 3 découvertes qui nourrissent déjà ma vie d’éducateur, de Frère.

1ère découverte : la beauté des paysages. La forêt est omniprésente, le fleuve apporte le vent qui rafraîchit l’atmosphère, les animaux exotiques, uniques, et les fruits dont je ne connaissais pas le nom, sont dévorés, tout ça apporte un sentiment de bien être, de grande sérénité.
2e découverte : la simplicité des gens. J’ai été frappé lorsque je me suis promené à plusieurs reprises dans les quartiers proches de l’école, par l’accueil simple des gens. Il est très rare qu’un bonjour ou un bonsoir ne soit pas répondu immédiatement par un bonjour ou un bonsoir, avec des gens qu’on ne connaît pas forcément. J’ai été frappé par l’ouverture des gens, par le franchissement de la barrière de la langue.
3e découverte : le TAKI-TAKI. Appelé aussi l’Aluku, le Sranan Tongo, le taki-taki parlé au Surinam par différentes populations est un mélange de langues, du portugais au néerlandais en passant par l’espagnol, l’anglais ou même l’allemand. J’ai essayé d’apprendre quelques mots, pas simple. Surtout que les Noirs marron dont les bushinengués, ou les Amérindiens ne parlent pas le même taki. Ils se comprennent mais il y a des différences.
3 abandons, 3 découvertes, une multitude de joies, un partage au quotidien avec les 2 collègues, avec les Frères, font que tout commence bien même si notre rentrée scolaire est retardée et que nous manquons d’effectifs. Patience et attente dans la paix…

Alors l’autre jour, en attendant cet avion à Orly sud, comme d’habitude en retard, je me suis amusé à observer les comportements des personnes, avant leur départ en avion, dans cette salle d’attente. Ces comportements illustrent un peu l’état d’esprit dans lequel je suis avant ce 12 août où je m’envole vers d’autres cieux.
