Des vies de Frère

F. Matthieu Hétroit

Géographe de formation, Frère Matthieu Hetroit est professeur des écoles à St Joseph de Toulouse, en classe de CM1. Il y assume également diverses activités de catéchèse et de préparation aux sacrements. Très compétent dans les technologies de communication, il déploie des idées nouvelles pour enrichir sa pédagogie. Depuis peu, il a rejoint une équipe diocésaine de travail en vue d’une innovation éducative. Frère Matthieu a prononcé ses premiers vœux en 2006, après le noviciat en Espagne.

Premières impressions de Guyane

Guyane, Frère Mathieu Hetroit, des vies de Frères, le blog des Frères des Ecoles Chrétiennes

Frère Mathieu Hetroit - des vies de Frère, le blog des frères des écoles chrétiennesQuand j’ai pris l’avion, le 12 août avec ma collègue Héloïse, je ne savais pas à quoi m’attendre en Guyane, je savais simplement que 2 Frères, Jean et Louis, seraient là pour nous accueillir et nous faire découvrir la Guyane et particulièrement St Laurent du Maroni.

Précédemment dans ce blog, je signalais l’indispensable abandon lorsqu’on démarre une nouvelle aventure de vie, qui plus est lorsque s’ajoute, se complète, une aventure éducative et pédagogique.

1er abandon : les quelques conforts ou habitudes que j’avais à Toulouse. Je m’en suis rendu compte assez vite et j’ai pu donc apprécier les 5 années vécues à Toulouse. Bien sûr, je construis avec la communauté les nouveaux repères de vie, et de nouvelles habitudes se mettent en place. C’est une nouvelle naissance, c’est très agréable.

2e abandon : les représentations et logiques de métropole. La Guyane, c’est différent ! Il faut accepter que les choses prennent le temps qu’elles ont besoin, que parfois  on assiste à de surprenantes journées où on a l’impression que tout se décante d’un coup.

3e abandon : la stabilité éducative et pédagogique. Clairement, je me rends compte que cette année scolaire va démarrer avec des interrogations, des doutes peut-être, des défis à relever, une expérience d’enseignement qui ne situe plus du tout dans le registre de la continuité, comme je l’avais depuis 2 ans dans la classe de CM1 qui m’était confiée. Je le savais mais je le ressens plus fortement ici. Autant vous dire que cet abandon est voulu, et bien vécu.

3 abandons riment avec 3 découvertes qui nourrissent déjà ma vie d’éducateur, de Frère. Frère Mathieu et Eloise, rère Mathieu Hetroit, des vies de Frères, le blog des Frères des Ecoles Chrétiennes

1ère découverte : la beauté des paysages. La forêt est omniprésente, le fleuve apporte le vent qui rafraîchit l’atmosphère, les animaux exotiques, uniques, et les fruits dont je ne connaissais pas le nom, sont dévorés, tout ça apporte un sentiment de bien être, de grande sérénité.

2e découverte : la simplicité des gens. J’ai été frappé lorsque je me suis promené à plusieurs reprises dans les quartiers proches de l’école, par l’accueil simple des gens. Il est très rare qu’un bonjour ou un bonsoir ne soit pas répondu immédiatement par un bonjour ou un bonsoir, avec des gens qu’on ne connaît pas forcément. J’ai été frappé par l’ouverture des gens, par le franchissement de la barrière de la langue.

3e découverte : le TAKI-TAKI. Appelé aussi l’Aluku, le Sranan Tongo, le taki-taki parlé au Surinam par différentes populations est un mélange de langues, du portugais au néerlandais en passant par l’espagnol, l’anglais ou même l’allemand. J’ai essayé d’apprendre quelques mots, pas simple. Surtout que les Noirs marron dont les bushinengués, ou les Amérindiens ne parlent pas le même taki. Ils se comprennent mais il y a des différences.

3 abandons, 3 découvertes, une multitude de joies, un partage au quotidien avec les 2 collègues, avec les Frères, font que tout commence bien même si notre rentrée scolaire est retardée et que nous manquons d’effectifs. Patience et attente dans la paix…

Un départ… quelle aventure !

Frère Mathieu Hetroit - des vies de Frère, le blog des frères des écoles chrétiennesVoilà depuis le mois de mars, ma tête est au départ, une aventure très belle à vivre en Guyane, avec les 2 collègues qui partent avec moi, avec les Frères qui sont là-bas et la nouvelle communauté à la rentrée, les enfants et les personnes que nous rencontrerons, que je rencontrerai.

Un départ, c’est toujours difficile, c’est à la fois exaltant pour ce qui nous attend, ce qui est à vivre, et c’est frustrant, cela fait de la peine, de partir là où on a œuvré, là où on a créé des relations, là où on a vécu des moments inoubliables.

D’ailleurs ce mot départ est utilisé pour bien des circonstances, et il porte dans tous ces contextes, ces deux aspects révélant pleinement ce que nous sommes, des humains.

Frère Mathieu Hetroit - des vies de Frère, le blog des frères des écoles chrétiennesAlors l’autre jour, en attendant cet avion à Orly sud, comme d’habitude en retard, je me suis amusé à observer les comportements des personnes, avant leur départ en avion, dans cette salle d’attente. Ces comportements illustrent un peu l’état d’esprit dans lequel je suis avant ce 12 août où je m’envole vers d’autres cieux.

  • Il y a d’abord les anxieux. Très stressés par les retards annoncés sur les haut-parleurs mais pas indiqués sur les tableaux d’affichages. Ils courent vers l’hôtesse de la porte d’embarquement, voire même ils vont voir les autres hôtesses pour se faire confirmer les retards. Oui j’ai besoin d’être rassuré par rapport à ce départ, rassuré par des repères, comme le sera, la communauté.
  • Il y a aussi ceux qui arrivent toujours au dernier moment. Ce sont les rois du « Just Limit ». Ils arrivent tranquilles, ils se font appelés, ils n’ont pas souci du temps. Là encore, je crois que le temps est différent en Guyane, peut-être que je vais être amené à être dans des situations Just Limit, peut-être aussi faudra-t-il ne pas trop se soucier du temps, le résultat compte : être dans l’avion et décoller.
  • Il y a aussi ceux qui pleurent, qui sont tristes. Ils n’ont pas l’air d’être heureux de partir. Comme je disais, je suis triste de quitter Toulouse, et même si cela n’exprime pas sur le visage, il y a forcément un déchirement à vivre qui n’est pas facile.
  • Il y a aussi ceux qui passent leur temps au téléphone, portable, mails, etc. Ils restent connectés. C’est souvent les professionnels, ça bosse ! Qui n’a jamais entendu un rendez-vous professionnel fait au téléphone ? ! Rester connecté virtuellement, physiquement et spirituellement avec les proches, les Frères, les amis, tel est le défi aussi pour partager mes découvertes, nos réussites, nos difficultés.
  • Il y a aussi ceux qui partent à plusieurs, en groupe, de franches rigolades, des rires, etc. Voilà mon état d’esprit, ceux de mes collègues, je le pense. On y va pour le bonheur aussi de vivre ensemble ce projet éducatif et scolaire. Je suis extrêmement heureux de partir et construire ce projet avec Héloïse et Pierre-Marie, Bruno et les Frères.

Quelques visages parmi d’autres. Je vous laisse en découvrir lors de vos prochains vols dans la salle d’attente !

Partir, c’est accepter que ce que j’ai vécu est le ciment de ce que je vais construire ailleurs.

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