Il vient d’arriver à Saint-Denis. Il a fui son pays. Là -bas c’est la guerre. Il a laissé derrière lui des parents, des frères, des cousins. Il a rassemblé quelques affaires à la hâte et il a quitté sa terre prenant avec lui sa femme et ses deux petits, 3 et 5 ans. Il s’appelle Nazir.
Aujourd’hui, Nazir vient se présenter au bureau des inscriptions pour apprendre le français. Un copain l’accompagne. Un Ancien. Il ne connaît pas un mot de notre langue. Son copain m’explique rapidement sa situation de réfugié politique. Le visage en dit plus que les mots. La détresse est visible. C’est la galère ! Venu de si loin pour éviter la mort, il pense trouver ici un brin d’espoir pour vivre. J’entends… Son cri vient de loin !
« Offrez-moi une chance d’apprendre à parler,… pour vivre ! Inscrivez mon nom sur votre liste et accordez-moi une place d’où je pourrai entendre le son des mots qui vous relient aux autres et qu’à mon tour je parvienne à communiquer avec ceux qui m’entourent. Je suis un homme perdu dans le flot des migrants et j’ai envie de vivre ! Comptez-moi au nombre de ceux qui franchiront le seuil de votre établissement. Je viendrai me joindre à ces hommes et ces femmes qui s’efforcent de prononcer les mots de votre langue. Je me mettrai à votre école. Comme un enfant, j’apprendrai à parler J’apporterai toute mon application à répéter ce que vous me direz. Je recopierai sur ma page blanche les mots du tableau noir. Je veux savoir me présenter, apprendre à demander du pain, remplir ma demande d’asile, lire les stations du métro, déchiffrer les titres du journal, confier ma souffrance au médecin du quartier, élever dignement mes enfants en les ouvrant au monde qui les entoure. Je vous en supplie, accueillez-moi ! Ne fermez pas votre porte !»
Des «Nazir », ils sont des centaines à se présenter. Où trouverons-nous assez de place pour nourrir cette foule du pain de la parole ? De celle qu’il faut entendre et de celle qu’il faut dire. De celle qu’il faut comprendre et de celle qui fait vivre. Il faudrait tant de lieux ! il faudrait tant de voix ! il faudrait tant de temps ! Il faudrait un miracle !
« Vous tous qui avez faim, vous tous qui avez soif, venez vous rassasier du pain de la parole ». Nous l’avons reçue gratuitement, nous vous l’offrons gratuitement.

Aujourd’hui, ils sont plus de quarante bénévoles à se regrouper autour de ce projet. Parmi eux se trouvent encore quelques disciples de Jean-Baptiste de la Salle. Tous acceptent de consacrer une partie de leur temps pour procurer à cette population les premiers apprentissages de la langue afin de leur permettre d’entrer en relation avec leur entourage, d’effectuer les démarches administratives nécessaires à leur droit de séjour et de résider dignement au milieu de la société française.
