Des vies de Frre

F. Alain Le Cocq

En septembre 2008, Frère Alain Le Cocq a répondu, avec deux autres Frères, à l’appel du Frère Visiteur-provincial de France de fonder une nouvelle communauté à St Laurent-du-Maroni en Guyane française avec les objectifs suivants : favoriser l'implantation d'un centre scolaire et éducatif, être présent dans le tissu social, associatif et ecclésial en étant attentif aux besoins de la population immigrée, notamment, celui de l'apprentissage du français.

Septembre 2010 a vu le démarrage de la petite école « La Salle », grâce à la venue de deux frères et de deux enseignants venus de métropole et, dès lors, la communauté des Frères a pris de l'extension. Frère Alain exerce diverses activités dans les domaines suivants : alphabétisation d'adultes, soutien scolaire, participation à l'animation d'un groupe d'aumônerie et activités chorales.

Le Voyage de Peggy

Frère Alain le Coq  - des vies de Frère, le blog des frères des écoles chrétiennesDans le cadre d’une semaine d’animation culturelle de la ville de Saint-Laurent du Maroni, était programmé un concert « Gospel » de Peggy Pettit Tissier. Cette artiste afro-américaine, originaire de Saint-Louis, dans le Missouri, est, tour à tour, chanteuse, danseuse, comédienne et aussi enseignante à l'université du théâtre expérimental de New York. Ce concert s'est tenu dans l'église Saint-Laurent, au centre-ville, à deux pas de la communauté. Accompagnée de son pianiste, Peggy nous a invités à un Voyage au travers des musiques Blues et Gospels.

Le voyage de Peggy, des vies de Frères, le blog des Frères des Écoles ChrétiennesCe qui m'a frappé dès mon arrivée dans l'église, c'est que l'artiste était déjà là, dans la pénombre, portant une tenue sobre, accoudée au piano, dans une posture de concentration et de méditation, faisant abstraction de ce qui se passait autour d'elle. Dès que la directrice du Festival a présenté la soirée, nous avons compris que la chanteuse était plus que ravie de chanter dans cette petite église, marquée par l'histoire du Bagne. Ce qui était annoncé comme un « concert » allait devenir une expérience musicale proche d'une véritable prière, nourrie des chants des ancêtres esclaves de la chanteuse.

J'ai été impressionné par sa manière de nous conduire pas à pas dans son Voyage. Avec un français approximatif mais bien sympathique, elle nous a introduits, en quelques touches, dans sa propre histoire et le contexte des chants. Le public, métro et créole, n'a pas tardé à se trouver en pleine syntonie avec l'artiste qui l'invita à chanter avec elle, à se lever et à frapper des mains. Très vite, elle a su instaurer un climat de communion entre le public et elle. Je dirais même qu'à un moment je me suis senti uni, par-delà l'espace et le temps, à tous ces « esclaves » d'hier et d'aujourd'hui, déracinés de leurs terres africaines, criant leur soif de liberté et leur désir de dignité.

Le voyage de Peggy, des vies de Frères, le blog des Frères des Écoles ChrétiennesJe me suis alors interrogé sur les ingrédients qui ont fait qu'en quelques minutes l'artiste a su conquérir son public. J'en ai relevé quelques-uns, sans doute y en-a-t-il d'autres...

• son talent, couplé de compétences acquises tout au long de sa vie d'artiste,

• un travail au quotidien : la veille et le jour-même, je l'ai entendu répéter des heures dans l'église : travail sur la voix, mais certainement sur le regard, la gestuelle et la maîtrise de l'espace,

• la magie d'une musique rythmée, surgie du cœur d'hommes et de femmes racontant leur descente aux enfers et criant leur foi et leur espérance inspirées de la Bible,

• et le dynamisme intérieur de l'interprète, mu par la foi, capable de transfigurer ceux-là mêmes qui étaient venus simplement l'écouter.

La confiance au fil des jours

Frère Alain le Coq  - des vies de Frère, le blog des frères des écoles chrétiennesQuelques événements personnels récents, de prime abord insignifiants, m'ont donné l'occasion de réfléchir à la confiance qui tisse le quotidien de ma vie.

Alors que je me trouvais récemment dans une salle d'attente à l'hôpital de Cayenne, une petite fille de deux ans, très vive, se dirigea vers moi m'offrant un large sourire tout en se jouant des injonctions de sa mère qui dût finalement la reprendre dans ses bras, éberluée et amusée de l'« audace » de sa progéniture. Étonnant qu'une petite fille vienne ainsi vers l'inconnu que j'étais, moi, « un métro » d'un âge certain et aux cheveux blancs ! Pour elle, aucune barrière, aucune méfiance, mais une confiance toute naturelle. Visage (2) illustrant le billet de Frère Alain Le Coq - Des vies de Frères, le blog des Frères des Écoles Chrétiennes

Alors qu'une jeune fille, venue récemment du Guyana, vint frapper à la porte de la communauté pour rencontrer l'un de mes confrères qui lui donne depuis peu des cours de français, je lui dis qu'il était absent pour la journée et qu'il lui fallait revenir le lendemain. Elle hésita puis s'en alla, sans rien dire. Quelques minutes plus tard, on frappe de nouveau à la porte. Je me trouve à nouveau face à l'adolescente, toute timide, qui me supplia : « Can you help me ? » Je la fis entrer puis, après un échange en anglais, je commençai à revoir avec elle les questions/réponses incontournables en début d'apprentissage de français. J'ai alors décelé chez elle une immense satisfaction. Là aussi, je trouve étonnant qu'une jeune surmonte ainsi le handicap de la langue et sa grande timidité pour s'adresser à quelqu'un qu'elle n'avait qu'entrevu. A la fin de la rencontre, elle n'a pas hésité à répondre à mes questions et à évoquer les conditions difficiles dans lesquelles elle vit.

Visage (3) illustrant le billet de Frère Alain Le Coq - Des vies de Frères, le blog des Frères des Écoles ChrétiennesQuelques jours plus tard, je me retrouvais à Kourou face au médecin spécialiste que j'avais rencontré à Saint-Laurent un mois auparavant. J'ai été frappé de la totale confiance que je lui témoignais, me remettant entre ses mains, sans la moindre hésitation.

Finalement, j'ai le sentiment que la confiance se présente comme le cadre naturel de nos relations aux autres et qu'elle se situe au cœur même de nos aspirations. Malheureusement, la méfiance semble être de règle dans notre société et faire confiance ou donner sa confiance à quelqu'un trop facilement risque d'être taxé d'incongruité voire de grande naïveté. N'aurions-nous pas intérêt malgré tout à redécouvrir toutes les richesses que recèle la confiance et la considérer comme un des plus beaux cadeaux que nous puissions offrir ou recevoir ?

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