Il y a un an, je me souviens avoir fait part à un ami de ma frustration de ne pas avoir trouvé de chorale où j’aurais chanté des œuvres polyphoniques. Il est vrai que j’ai toujours fait partie d’un groupe vocal. Etrangement, ma remarque fit tilt à l’oreille de mon interlocuteur et, quelque temps après, nous nous retrouvions à trois – dont le futur chef de chœur – pour créer un groupe. Qu’en est-il un an après ?
Nous sommes actuellement une quinzaine de chanteurs adultes plutôt « mordus » et, chaque dimanche soir, nous nous réunissons pour un temps de formation vocale et pour travailler des œuvres de la Renaissance : Clément Janequin, Josquin Desprez, Jacob Clemens, Palestrina, etc. Et c’est ainsi que du fin-fond de l’ouest guyanais, dans la moiteur du soir et parfois en compagnie de moustiques combatifs – mais qui n’ont pas toujours le dernier mot ! – s’élèvent des voix qui découvrent – émerveillées – le chant polyphonique !
De fil en aiguille, le chef de chœur – enseignant de lycée – proposa à ses élèves de Terminale de se lancer dans l’aventure d’une tournée en métropole en juillet prochain. Le programme étant commun aux deux groupes, nous nous retrouvons désormais adultes (dont deux frères de la communauté et le Jeune Volontaire) et jeunes pour deux heures de répétition. Je suis impressionné par le sérieux du travail des uns et des autres tout comme par cette union des voix et des cœurs qui se forge peu à peu dans la joie et la bonne humeur. Lors de la dernière répétition, qu’elle ne fut pas ma surprise de voir deux chanteuses esquisser un mouvement rythmé à la manière créole… Véritable inculturation ! Je me suis dit que c’était sans doute la première fois que l’on interprétait de cette manière du Clément Janequin !
Pour en rester dans le domaine musical, deux jeunes que j’accompagne dans le partage hebdomadaire de la Parole de Dieu m’ont demandé de les aider dans l’apprentissage du solfège. Aucune objection, bien évidemment ! Et depuis deux mois, ils viennent chaque samedi à la communauté, accompagnés d’une autre amie et nous avançons pas à pas dans l’étude du solfège.
En conclusion, je voudrais vous livrer trois réflexions : - Il suffit parfois d’une chiquenaude, d’un rien pour que naisse une initiative qui finalement dépasse de loin l’intuition première ! - Dans le contexte de la diversité culturelle que nous connaissons ici à Saint-Laurent du Maroni, le chant a la capacité de rassembler – et d’enchanter ! – des personnes par-delà leurs différences et les clivages naturels. - La musique transcende la vie. Elle s’offre à nous comme une brèche ouverte sur une réalité où la beauté et l’harmonie préfigurent le bonheur auquel tout homme est appelé. « Que tout être vivant chante louange au Seigneur ! » (Ps. 150)

Qu’en est-il ici à Saint-Laurent du Maroni ? Ce sont essentiellement des mères de famille dont la plupart n’ont jamais été scolarisées et qui ont des enfants en âge scolaire. Elles réalisent qu’en apprenant le français, elles pourront obtenir plus facilement leurs papiers, suivre les études de leurs enfants et communiquer plus facilement dans la vie courante.
La semaine dernière, j’ai été abasourdi de voir l’une d’entre elles venir avec deux enfants, l’un d’un an et demi et l’autre de quatre mois. Elle tenait le plus jeune dans les bras, l’autre était dans une poussette et elle portait en plus un grand sac. Cette jeune femme qui habite dans un village situé à 7 kilomètres de la ville avait fait du stop. En arrivant dans la salle de cours, elle s’excusa de son retard et, toute confuse, s’installa le plus discrètement possible à sa place. C’est une personne qui parle et comprend très bien le français. N’étant jamais allée à l’école, elle l’avait appris au contact de jeunes enfants lorsqu’elle faisait du baby-sitting. Maintenant, elle a tout à découvrir au niveau de la lecture et de l’écriture. Sa motivation est intacte mais les conditions qui sont les siennes ne lui facilitent vraiment pas l’étude de la langue.
