Frère Olivier Perru, des vies de Frère, le blog des Frères des Écoles ChrétiennesOn perçoit généralement les frères comme des enseignants, souvent en école, en collège ou en lycée. Mais il n’est pas difficile de s’apercevoir que les engagements et professions exercées par les uns et les autres dépassent de beaucoup ce cadre restrictif. Dans le monde entier, les frères gèrent des œuvres, certes, et sont aussi présents dans des activités à caractère social, éducatif, catéchétique, dans des institutions ou hors-institution. Les activités sont donc très variées, comme c’est le cas dans d’autres ordres religieux (jésuites, salésiens, dominicains, franciscains,…) et elles ne peuvent se réduire à des institutions ni à un réseau, même si elles sont marquées, et c’est là le charisme fondateur, par l’éducation et la vie en communauté. Dans cette perspective, je donnerai ici quelques aspects de mes activités d’enseignant-chercheur en université.

La création sans le créationisme, un livre d'Olivier Perru, des vies de Frère, le blog des Frères des Écoles ChrétiennesD’abord, il faut rappeler que les racines historiques de l’Université sont chrétiennes, même si aujourd’hui, dans les pays occidentaux, la plupart des universités sont laïques et généralement publiques. Dès le moyen-âge, des chrétiens ont pris conscience de l’importance de la recherche de la vérité, en relation avec la foi certes mais aussi avec la philosophie et les diverses sciences de l’homme et de la nature. Les religieux, puis un certain nombre de laïcs, ont cherché à vivre le travail intellectuel et la recherche de la vérité en cohérence avec leur foi. C’est essentiel : on perçoit souvent un laïc chrétien, un religieux ou un prêtre dans la vie active comme des personnes au service des autres à travers des activités concrètes, mais il faut comprendre, surtout aujourd’hui, l’importance du travail intellectuel, sa finalité qui demeure la recherche de vérité sous de multiples aspects, et le souci de mettre en cohérence les études et la foi. Cela suffit à occuper un homme tout-entier, peut-être pas toute une vie mais peu s’en faut. Certes, pour revenir à l’histoire de l’université, historiquement, la prédominance de la théologie n’a pas toujours facilité le développement des autres disciplines qui eurent tendance à s’émanciper au cours de l’histoire ; mais il faut retenir que l’Eglise, à qui on reproche généralement ses positions et sa soi-disant intransigeance, a su trouver au fil des siècles les conditions de développement de la vie intellectuelle et des sciences, malgré quelques erreurs et un conflit plus ou moins latent avec l’autonomisation des sciences expérimentales du XVIIe au XIXe siècle.

De la société à la symbiose, un livre d'Olivier Perru, des vies de Frère, le blog des Frères des Écoles ChrétiennesAujourd’hui, toute université a des missions d’enseignement, de recherche et d’administration, l’université insiste sans doute davantage sur la formation préprofessionnelle des étudiants, d’où l’exigence plus grande pour les enseignants de travailler en équipe pour assurer une qualité et une cohérence dans les diverses missions entre enseignement et recherche. Personnellement, enseignant à l’Université d’Etat (et par ailleurs, chargé de cours à l’Université catholique), à Lyon, je travaille en tant que philosophe des sciences avec mes collègues dans plusieurs axes prioritaires : la formation en sciences humaines des étudiants en médecine, un enseignement de philosophie des sciences destiné en particulier aux étudiants de biologie, la coordination du master Histoire, Philosophie, Didactique des Sciences et des enseignements de philosophie des sciences et de philosophie du vivant, dans ce cadre. Je suis aussi chargé d’un cours semestriel de Logique et d’un petit cours sur Bergson à la Faculté de philosophie de l’Université catholique de Lyon.

Science et itinéraire de vie : la pensée de Bergson, un livre d'Olivier Perru, des vies de Frère, le blog des Frères des Écoles ChrétiennesIl faut bien voir que la philosophie est un lieu privilégié d’approche du réel et de dialogue avec la science, ce n’est pas une abstraction planante mais un essai de compréhension de ce qui affecte l’humain dans le monde aujourd’hui. Par une approche philosophique bien comprise, on peut situer la place du raisonnement scientifique et la complémentarité de la philosophie dans l’approche de l’homme et de la nature ; on peut aussi, par exemple, questionner la biologie d’aujourd’hui et donner un autre point de vue sur les questions socialement vives qui interrogent les étudiants et les lycéens : questions d’évolution, d’environnement et de biodiversité, enfin questions ayant trait à la procréation humaine et à la sexualité. En université, le contact privilégié avec les étudiants est, comme chacun sait, le suivi des mémoires de master et des thèses ; pour des raisons de massification des enseignements, nous avons généralement peu de contact avec les étudiants des premières années.

Pour en revenir à la source de cette activité d’enseignement, elle se trouve dans l’activité de recherche. Je citerai la publication de trois ouvrages qui m’ont beaucoup occupé de 2005 à 2010 et qui donnent un aperçu de mes recherches :

- Un livre d’Histoire des Sciences, sur une question très spécialisée de l’histoire de la biologie, la symbiose : 2007, De la société à la symbiose, 1930-1970, Une histoire des découvertes sur les associations dans le monde vivant, vol. 2, Vrin, 437 pp. Le volume 1 a été réédité en 2010.

- Un livre de Philosophie, examinant le rapport entre science, pensée philosophique et itinéraire de vie chez le philosophe français Henri Bergson (1859-1941) : 2009, Science et itinéraire de vie : la pensée de Bergson, Kimé, Paris.

- Un livre de Philosophie et d’Histoire des Sciences, autour de la question de la création et de l’évolution. Le but était entre autres de montrer la compatibilité totale entre la théorie de l’évolution et l’existence d’un Dieu Créateur : évolution et création sont deux regards complètements différents sur la nature, différents mais pas incompatibles. Par contre, il s’agissait aussi dans ce livre de montrer les confusions du créationnisme entre science et religion : 2010, La création sans le créationnisme ?, Kimé, Paris, 391 pp.

Ce sont surtout les deux derniers ouvrages qui impliquent un questionnement philosophique ouvert et qui vont dans le sens d’une recherche de mise en relation de la culture moderne et de la culture chrétienne.

Cette activité universitaire ne m’empêche heureusement pas d’avoir une vie personnelle très normale et ordinaire, en communauté avec mes confrères, et dans mes relations sociales, familiales ou ecclésiales.