Des vies de Frre

F. Jean-Noël Vila

Après sept ans d’enseignement de l’Espagnol, au Collège Saint-Joseph de PANTIN, dans le département de la SEINE-SAINT-DENIS, j’ai eu cette grande joie de faire une expérience de vie communautaire, de mission et de travail professionnel en Argentine. Là, j’ai pu enseigner l’Espagnol à des élèves de 5ème, la Catéchèse en 4ème, la Philosophie et l’Administration en 1ère et Terminale, au Collège LA SALLE de CAMPO GALLO, dans la province de SANTIAGO DEL ESTERO, au nord du pays. J’ai vécu aussi une vie missionnaire et pastorale intense et diversifiée, au sein d’une Communauté très accueillante et animée…

Au cours d’une préparation à la Confirmation, Santiago, un jeune du village, m’a demandé si je voulais bien être son parrain. Après en avoir parlé au Frère Visiteur de l’époque, je réponds au jeune par l’affirmation. Et depuis, les relations sont restées étroites et continues, avec sa famille et avec moi-même. Il est déjà venu en France, en 2003, et il est revenu, pendant la période des grandes vacances d’été de son pays, c’est-à-dire aux mois de décembre et janvier. Santiago a visité REIMS, il a participé à des cours, dans différentes classes du Collège JEANNE D’ARC, où j’enseigne l’Espagnol et où j’anime la Pastorale. Il a également visité un autre établissement, dans le nord de la France.

Sur une pratique au quotidien

Frère Jean-Noël VilaSans aucune prétention, sans non plus le désir de donner des leçons, ni même celui de me faire valoir…, car je ne prétends absolument pas servir de modèle, je voudrais tout simplement vous dire quelle a été ma façon d’être avec les élèves. Jusqu’à présent, celle-ci a été un appui pour moi, dans mes relations avec mes élèves et mes collègues.

Mais tout d’abord, je voudrais situer d’où je parle… Depuis neuf ans, j’enseigne l’espagnol, en 4ème et en 3ème, dans un petit établissement populaire de Reims, à Jeanne d’Arc, comptant un peu plus de 900 élèves, filles et garçons. Il y a une Maternelle, deux Primaires, un Collège et un Lycée professionnel ( avec trois sections du Tertiaire ). Il était auparavant sous la tutelle des Sœurs de l’Enfant Jésus de Nicolas Roland. Et depuis maintenant une dizaine d’années, il est sous la tutelle lasallienne…

Lorsque j’enseigne ma matière, je ne propose pas uniquement une discipline, mais aussi une façon d’être, celle d’être moi-même et d’être avec les jeunes. Mais pas seulement ! Je veux également partager ma vision de l’être des jeunes entre eux, et avec les adultes qui les environnent…

Frère Jean-Noel Vila - des vies de Frères, le blog des Frères des des écoles Chrétiennes

Je ne peux concevoir l’enseignement comme une période où un professeur arrive en cours pour dispenser sa discipline et repartir une fois ce travail effectué ! Je ne peux concevoir les jeunes comme des sujets vides qu’il suffirait de remplir par une nourriture intellectuelle seulement ! Faire cela serait méconnaître, et même rejeter, la nature des élèves : ce sont des êtres humains, et non des choses !... Outre le fait d’enseigner l’espagnol, acte que j’aime pratiquer et langue que j’aime parler, j’apprécie le fait d’avoir des contacts, des discussions, des échanges formels et informels avec les jeunes, qu’ils soient mes propres élèves ou ceux d’autres collègues. Et pour moi avoir des échanges veut dire rencontrer les jeunes là où ils sont, dans la cour de récréation, en classe évidemment, mais aussi au self, et parfois à l’extérieur de l’école lorsque le hasard nous permet de nous retrouver dans la rue, avec ou sans leurs parents. J’aime bien aller de temps en temps sur la cour de récréation, je me promène en regardant de droite et de gauche, comme si je cherchais quelqu’un en particulier, et il n’est vraiment pas rare que des élèves viennent à ma rencontre. La plupart du temps la discussion commence par des banalités, des futilités, des blagues, mais assez souvent le ton change, il devient plus sérieux parce que le sujet est plus sérieux. D’autres fois, le sujet reste superficiel ! Cela dépend du moment, du jeune, du temps, etc. Je constate que très souvent la plaisanterie, l’humour ou la gentille moquerie attire l’attention, détend l’atmosphère collective ou personnelle. Mais je remarque également qu’un jeune mis en confiance de la sorte peut venir ensuite pour parler d’un sujet plus délicat. Je sais que ce qui se passe « amicalement », gentiment et sereinement avec certains rejaillit chez d’autres élèves : c’est le « bouche-à-oreille » ! Par de-là ces petites expériences toutes simples, je crois que les élèves ont besoin d’avoir en face d’eux des personnes accessibles, capables de les écouter, de les conseiller, d’être sérieuses lorsque le sujet est sérieux, mais pas « constipées », capables de rendre une ambiance plus apaisante, de détendre les jeunes qui s’angoissent pour des sujets qui ne méritent pas tant d’inquiétude, capables de rigoler franchement, mais sans débordement incontrôlable. En revanche, j’ai bien compris que les jeunes ne cherchent pas des adultes parfaits, connaissant tout, ayant réponse à tout, mais des adultes attentifs, et n’ayons pas peur de le dire « attentionnés ». Certes, il m’arrive de gronder des élèves, mais il n’est pas rare que je me mette à rire avec eux, à plaisanter, à avoir un trait d’humour ( plus ou moins fin, il est vrai… ). Les jeunes veulent avoir devant eux des personnes vivantes, avec leur propre caractère. En fait, en regardant bien, très souvent j’agis et je réagis face à mes élèves, non pas tant comme un professeur ou un parent, mais comme un grand frère. Et je me dis que pour un Frère ce n’est pas très compliqué ! Je ne sais pas si je conserverai longtemps encore cette manière d’être et de faire, mais je m’y emploierai tant qu’elle me correspond.

Je me souviens aussi d’une autre expérience que je qualifierai de cheminement avec un jeune. Il y a deux ans de cela… Un jeune que j’avais eu en cours d’espagnol n’était vraiment pas bien psychologiquement. La responsable de la Vie Scolaire de l’époque me demande si je voulais bien l’aider et donc le rencontrer. C’était un jeune qui avait des idées de suicide. Pour éviter toute possibilité d’identification, je l’appellerai du pseudonyme Arthur. Mais avant de le rencontrer, j’ai eu le réflexe d’en parler en Communauté, et plus longuement encore avec un Frère de ma Communauté. Les conseils, les réflexions, les mises en garde de ce Frère m’ont énormément aidé pour cheminer avec ce jeune. L’accompagnement s’est réalisé pendant presque toute une année. Chaque fois, j’ai expliqué à Arthur que j’étais disponible pour le rencontrer. Chaque fois, lui-même a fait la première démarche. Plusieurs facteurs ont permis la réussite de ces échanges : la confiance de ce jeune envers moi, mais aussi l’appui d’autres de ces camarades de classe… À la fin de l’année, avant le départ des jeunes vers d’autres cieux, Arthur est venu me saluer et me remercier pour l’aide que je lui avais prodigué. Mais ensuite je n’ai plus eu de nouvelles…, jusqu’au jour où j’ai croisé une ancienne élève, camarade de classe et amie d’Arthur. Elle me donne de ses nouvelles, et m’explique que le cheminement avait porté ses fruits ! J’en étais évidemment heureux, non principalement parce que j’avais réussi quelque chose, mais surtout parce qu’il se sentait beaucoup mieux. Et je le porte toujours dans ma prière, ainsi que dans celle de ma Communauté. Mais les choses ne sont pas aussi simples et définitives !... Aider le jeune « extérieurement » est une chose, mais aider une famille qui porte une lourde histoire passée et un présent également difficile est autre chose ! À vous qui me lisez, je vous confie ce jeune et sa famille dans vos prières… J’ai appris, un peu avant la fin de notre année scolaire, qu’Arthur voulait me parler. J’ai simplement signalé que j’étais toujours disponible pour le rencontrer. Je suis profondément triste et affligé lorsque nous connaissons et entendons parler de jeunes qui se suicident ou qui ont essayé de le faire. Et malheureusement, le fait n’est pas isolé puisqu’il y a eu ici, à Reims, plusieurs jeunes et adultes ( professeurs et parents ) qui sont passé à l’acte ! Malheureusement, cela n’arrive pas qu’à Reims !

Parler, rencontrer, écouter réellement les jeunes, mais aussi les adultes, parents et collègues, est une nécessité de plus en plus criante, dans notre société. Encore une fois, je n’ai pas voulu faire ici une thèse, même si petite soit-elle, ni même une alerte face à des situations si délicates et finalement assez fréquentes malheureusement. Ce sont quelques aspects de mes expériences d’homme et de Frère. J’ai voulu partager avec vous ce que j’ai vécu et ce que je vis au quotidien, dans mon établissement, pour qu’ensemble nous portions, dans la pensée et la prière, tous ces jeunes qui vivent de terribles angoisses, un terrible questionnement sur eux et sur les autres… Merci.

Au coeur de l'éducation en France et en Argentine

Frère Jean-Noël VilaJ’ai demandé à mon filleul Santiago de me mettre, par écrit, une sorte de résumé de son séjour en France, mais aussi de me faire part de son ressenti par rapport à ce qu’il a vécu, ce qu’il a pu observer de ce que nous vivons concrètement au cœur de l’éducation, de notre métier d’enseignants… Je vous rapporte ici ses propos, en deux parties. Je voudrais également dire que les paroles qui figurent en italique viennent de mon commentaire, et j’espère qu’elles ne gêneront en rien la suite de la lecture de l’expérience de Santiago. Et je termine par ma réflexion personnelle en réaction à quelques-unes des paroles de Santiago…

Santiago avec les jeunes de Pastorale 5e, des vies de Frères, le blog des Frères des écoles chrétiennesUne belle expérience vécue en France

Je m’appelle Santiago DAUE. J’ai 23 ans. J’habite dans la ville de LA PLATA, dans la Province de BUENOS AIRES (en République d’Argentine. Je prépare une licence Sciences Sanitaires et Sociales, et je travaille dans une paroisse avec des enfants nécessiteux. Le 2 décembre 2010, j’ai amorcé un défi, un but, une grande joie, un voyage qui, avec le temps, se transformera en beaucoup plus que cela. Je suis arrivé en France, le 3 décembre 2010. Et à l’aéroport, m’attendait un ami, un Frère et en plus de tout cela, mon parrain, le Frère Jean-Noël VILA. Ainsi commence cette nouvelle aventure.

Santiago en cours d'espagnol avec les 3e, des vies de Frère, le blog des Frères des écoles ChrétiennesAprès plusieurs années sans avoir eu l’occasion de nous voir, sinon en discutant de temps en temps, nous avons préparé mon séjour en France où je passerai la majeure partie du temps à la Communauté des Frères, à REIMS, au 29 Boulevard Wilson. Là, tous les Frères de la maison m’ont accueilli très aimablement. Comme j’ai passé pas mal de temps à REIMS, j’ai eu l’occasion de connaître l’École, le Collège et le Lycée JEANNE D’ARC, où Jean-Noël donne des cours d’Espagnol et de Pastorale. La première rencontre a été avec les professeurs de l’établissement qui m’ont reçu très aimablement, et ensuite j’ai eu mon premier contact avec les élèves. Cela a été dans une classe de Pastorale avec des élèves de 5°, où nous avons un peu discuté. Ils m’ont posé des questions : qui j’étais, ce que je faisais, d’où je venais et comment était l’école dans mon pays, et beaucoup d’autres questions… Ça été la première expérience avec les jeunes.Frère Jean-Noël Vila avec des élèves de 4e et 3e, des vies de Frère, le Blog des Frères des écoles Chrétiennes

Ensuite, je suis allé en cours d’Espagnol, avec le Frère Jean-Noël. J’ai visité des classes d’Espagnol de 3° III, 3° I, 4° I et 4° II, à différents jours. Puis, je suis allé en cours d’Espagnol, avec une enseignante du même niveau, dans les classes de 3° II, 4° IV et 4° III. Dans toutes ces classes, il y a eu un questionnaire préparé par les élèves dans lequel ils me posaient des questions sur mes goûts, des renseignements personnels, les coutumes de mon pays, etc. Toutes ces classes ont été très riches, pour moi, et elles m’ont aidé à comprendre personnellement le rythme de l’éducation française, le comportement des élèves dans leurs classes et avec leurs professeurs. De tout cela, je garde un très beau souvenir que ni le temps ni la distance pourront effacer. Pour moi, personnellement, cela a été une belle expérience qui m’a permis de découvrir une culture nouvelle avec beaucoup de choses différentes de celles que je peux vivre quotidiennement, et aussi de pouvoir comprendre « la vie quotidienne » de ces enfants qui est très différente de la réalité qui se vit en Argentine.Santiago et F. Jean-Noël avec quelques élèves de 3e, des vies de Frère, le blog des Frères des écoles chrétiennes

J’ai eu l’occasion de connaître l’école SAINT JEAN-BAPTISTE DE LA SALLE, dans la ville d’AMIENS, où nous avons visité l’ensemble de l’établissement scolaire. Et nous sommes allés dans différentes classes, en parlant un peu de l’Argentine et de la foi vécue là-bas. Je voudrais ici rajouter quelques éléments pour que vous puissiez comprendre mieux le sens de notre visite à cette école du Nord. Une ancienne collègue du Collège JEANNE D’ARC, à REIMS, devenue chef d’établissement à AMIENS, sachant la venue en France de Santiago, nous a demandés si nous pouvions venir chez elle pour parler aux élèves de différents niveaux du Collège… C’est à partir de cet événement que l’école est en train de préparer un projet d’aide en Argentine….

Santiago avec des enseignants, des vies de Frères, le blog des Frères des des écoles ChrétiennesEt j’ai eu une rencontre avec un groupe d’amis qui faisait partie d’un groupe SEMIL pour un projet humanitaire à CAMPO GALLO, en 2004, et avec qui nous avons partagé nos souvenirs et les bons moments que nous avons eu cette année-là. Il y a donc maintenant presque sept ans, un groupe de jeunes lycéens de SAINT-ADRIEN, à VILLENEUVE D’ASCQ, et d’anciens élèves de cet établissement, avaient réalisé un projet de construction dans un village du nord de l’Argentine, en lien avec le Collège LA SALLE, de CAMPO GALLO, et avec des Frères des Écoles Chrétiennes de ce Collège…

Une vision de l’Éducation Française

Du fait que la France a une culture différente de celle de l’Argentine, le style de l’éducation est aussi différent de celui dont je suis habitué à voir, depuis le simple fait des horaires jusqu’aux formes dans lesquelles se vit l’éducation.

Si je pense à l’éducation, me vient automatiquement à l’esprit la réalité d’une école. Mais l’éducation commence à la maison et avec les familles. Cela je ne l’ai pas trop remarqué puisque les enfants passent tout leur temps dans l’école, ce en quoi je ne vois rien de mal, mais je sens qu’ils ne passent peut-être pas assez de temps à la maison et en famille. En Argentine, les enfants se rendent à l’école selon deux « tours », soit le matin, soit l’après-midi, ce qui veut dire qu’il existe des écoles à double période. La majeure partie des enfants étudie le matin ou l’après-midi, le matin de 8 h à 12 h, et l’après-midi, de 13 h à 17 h. Ensuite, ils passent du temps à la maison avec leurs parents ou ils font une activité. C’est important que les enfants soient à l’école puisque nous pensons qu’il n’y aurait pas d’autre endroit plus « sûr » pour eux, mais ce n’est pas bon non plus parce que les enfants peuvent en avoir assez d’être là dans l’école.

Il existe une grande différence entre la France et l’Argentine, au niveau des avancées technologiques consacrées à l’éducation, que l’on peut voir en France, et qui en Argentine n’existe peut-être pas encore. C’est un excellent complément pour l’éducation, mais selon mon point de vue personnel, je préfère beaucoup plus faire une affiche à la maison sur un thème et de l’exposer à la classe que sur un power point ou de reproduire des images sur un rétroprojecteur.

Il se peut que je me trompe… Comme je l’ai dit précédemment, on vit deux réalités totalement différentes, mais les enfants doivent échanger avec l’enseignant dans la classe, et celui-ci devrait être beaucoup plus qu’une personne qui va seulement donner un cours. Il doit être une personne qui puisse lire d’un seul regard ce qui se passe avec tel ou tel enfant et savoir accompagner les différents moments de la journée et de la vie des enfants. Je suis très content de cette expérience, et du fait qu’une école lasallienne m’ait ouverte ses portes pour pouvoir voir comment fonctionne une école en France. Une fois encore, merci beaucoup à tous ceux qui ont rendu possible cette expérience. Et que je puisse dans l’avenir, pas trop lointain, rendre un peu tout ce que cette belle congrégation m’a donné.

Ma réflexion par rapport aux dires de Santiago

Il est évident que nous ne pouvons pas copier le système éducatif argentin pour le réaliser tel quel en France. De plus, il n’existe pas un seul système éducatif en Argentine, mais bien plusieurs façons de vivre l’enseignement !

Ne pouvons-nous pas nous inspirer de quelques éléments de l’expérience argentine pour voir si cela pourrait être utilisé, en partie, dans l’hexagone ?

Tout d’abord, c’est sûr que nous devons être des professionnels dans notre métier, dans notre vocation d’enseignants et d’éducateurs… J’ai décidé d’employer les deux termes, l’un avec l’autre, parce que je constate qu’ils sont complémentaires. Certes, je dois bien connaître l’Espagnol, la langue espagnole, avec ses variantes culturelles… Certes, je dois connaître la culture espagnole, la littérature, la société, les sports, la politique du pays, et des pays latino-américains, la cuisine, les arts en général, etc. Mais, je me dois également d’être à l’écoute de mes élèves (et d’ailleurs, par uniquement, mes élèves, mais aussi des élèves que je croiserai ou qui viendraient vers moi !...). Sur cet aspect, je suis tout à fait d’accord avec Santiago lorsqu’il dit qu’il faut « être une personne qui puisse lire d’un seul regard ce qui se passe avec tel ou tel enfant et savoir accompagner les différents moments de la journée et de la vie » du jeune, des jeunes qui nous sont confiés. Écouter, c’est savoir tendre l’oreille au jeune qui vient vous parler pour dire des banalités, des choses simples ou difficiles, des choses de la vie quotidienne ou des événements particuliers, des questions de cours ou des questions de leur vie privée ou encore de la vie privée de leur famille, etc. Il faut savoir écouter sans dramatiser ni prendre les choses à la légère ! Mais il faut aussi savoir mettre les jeunes en relation avec les autres, les camarades, les membres de leur famille, un professeur principal, une personne de la Vie Scolaire, une psychologue, et pourquoi pas un prêtre… Enfin savoir écouter n’est pas une mince affaire ! Mais cela vaut le coup d’essayer de le faire, et de le faire bien… Et pour écouter, il faut avoir un a priori favorable. Il est préférable de ne pas avoir de préjugés, et si l’on en a, il vaut mieux essayer de les combattre pour être plus ouverts à la présence du jeune, pour accueillir mieux ses paroles, ses doutes, ses craintes, son écoeurement peut-être, ses joies aussi. Pour moi, et certainement comme pour beaucoup d’entre nous, je ne peux considérer le jeune comme un seul et simple réceptacle des connaissances que je voudrais dispenser ! Je crois, avant même d’enseigner, qu’il me faut rassurer l’élève, le prendre où il en est de sa globalité, pas seulement son savoir, ses capacités intellectuelles, mais aussi sa sensibilité vis-à-vis de lui-même et par rapport aux autres. Souvent, je considère le jeune comme un petit frère ou une petite sœur, je serai alors un grand frère. Mais considérer le jeune ainsi ne suppose, de ma part, ni sensiblerie, ni niaiserie et encore moins dictature. Alors, je pense à une phrase du Fondateur où il invite les Frères à avoir « la tendresse d’une mère et la fermeté d’un père ». Je m’y retrouve bien dans cette réalité, dans ce type de relation.

Là où nous devons faire la part des choses, c’est qu’il y a éminemment une différence entre un pays et un autre pays, entre une culture et une autre culture, entre une région et une autre région à l’intérieur d’un même pays, etc. Ainsi, les élèves que j’avais à CAMPO GALLO, dans le Nord de l’Argentine, n’avaient évidemment rien à voir avec ceux de REIMS, comme ils n’avaient à rien non plus avec les élèves que j’avais à SAINT-JOSEPH de PANTIN. Autre société, autres mœurs !... Les élèves avaient un profond respect pour le professeur. Ils n’élevaient pas la voix, pas plus les enseignants d’ailleurs. Aucun ne passait son temps à jouer, ni à gêner le cours. Aller à l’école était une réelle chance, une chance pour apprendre, une chance aussi pour se préparer un meilleur avenir. Par ailleurs, l’école était un lieu de vie, un endroit où il faisait bon vivre, dans lequel on trouvait aussi de quoi se divertir, par les jeux, la danse, la musique… Il faut dire également que la foi est un élément naturel : les élèves baignent constamment dans cette ambiance religieuse due à une pratique des sacrements, à une écoute et une réflexion soutenue de la Parole de Dieu, à une expérience de Pastorale vivante et fréquente… Bref, parler de Dieu est quelque chose de normal, exprimer sa foi et son style de pratique est aussi quelque chose de normal. De plus, un enseignant est quelqu’un de socialement et professionnellement reconnu et écouté. Ici, en France, nous ne sommes pas exactement dans cette même situation ! Il y a d’autres différences entre les deux pays, entre les deux continents, mais ce serait un peu trop long de les étudier tous !

Pendant une des sessions du Chapitre de District, et plus précisément au moment de ces pauses où les Frères réagissent souvent à des paroles, des présentations élaborées pendant une séance, j’avais entendus l’un ou l’autre Frère se poser la question du fallait-il encore rester totalement et globalement, nous Frères, dans les Institutions Scolaires, ou ne devions-nous pas nous investir davantage dans des œuvres créées ou à créer qui fonctionneraient en dehors de tout appartenance étatique ? Cette question n’a évidemment pas pu être débattue puisqu’elle n’a pas été proposée en amont du Chapitre, et qu’elle n’a été lancée ni en Assemblée, ni au sein de petits groupes de réflexion. Toutefois, je me suis rendu compte que cette question intéressait quelques collègues de mon établissement. Certains se plaignent d’un carcan beaucoup trop étroit, imposé par l’Éducation Nationale. Je sais que ces personnes auraient été heureuses de savoir qu’un Chapitre se serait emparé de ce sujet, parce qu’il y en a qui manifestement pense comme ces deux Frères. Je trouve la question intéressante, mais je ne voudrais surtout pas durcir la position, ni faire de celle-ci un absolu ! Pour moi, il doit y avoir de la place pour tout le monde. Qu’en pensez-vous ?

Vous pouvez évidemment réagir à d’autres points écrits par mon filleul Santiago ou par moi-même…