Des vies de Frère

F. Joël Palud

Frère Joël Palud, 48 ans, professeur de lettres. A travaillé plusieurs années en secondaire, en particulier à Reims... et comme Directeur à Saint-Etienne. Depuis 2004, Frère Joël est engagé au service du Centre Intiganda qui accueille les enfants trouvés dans la rue, principalement à Butare (2ème ville du Rwanda, au sud). Une dizaine d'adultes -dont deux frères permanents- y accueillent en moyenne 70 jeunes en internat de 5 à 18 ans et assurent le suivi de quatre-vingt autres jeunes réintégrés en famille les années précédentes. Le centre scolarise les enfants les plus jeunes, fait l'alphabétisation fonctionnelle et le suivi de l'apprentissage pour les autres.

Les vacances...

Ouf ! Nous y voilà.

Frère Joël Palud  - des vies de Frère, le blog des frères des écoles chrétiennesIl est souvent utile de se pencher sur le sens des mots que nous employons quotidiennement sans en mesurer la portée. Le mot vacances est de ceux-là. Le dictionnaire parle d'"absence de travail ordinaire", ce qui laisse entendre que rien n'interdit de se livrer à un "travail extraordinaire" pendant les vacances. C'est sûrement pour justifier nos velléités de garder soigneusement pour ce temps le gros jardinage, la lecture des oeuvres que nous avons laissées de côté, le rangement du garage... Et si nous n'y arrivons pas, ce n'est pas grave : nous reporterons tout cela aux prochaines vacances, la vie, d'ici là, pouvant se contenter du travail ordinaire.

bateaux - Frère Joël Palud - des vies de Frère, le blog des frères des écoles chrétiennesJe suis frappé par la connotation juridique du terme : les vacances judiciaires sont la période pendant laquelle on arrête de juger. Cela tombe bien : à peine les bleus lynchés, un ministre est déjà dans le collimateur pendant que l'on exhume, en Belgique, des Évêques qui pourraient avoir emporté dans la tombe des secrets compromettants... Stop ! S'arrêter de juger, de participer aux petits procès du quotidien à travers nos conversations, d'écouter les médias qui se déchaînent, peut-être le plus salutaire répit. N'avoir à juger que de la température de l'eau avant la baignade ou du temps nécessaire à la promenade va nous mettre en repos total.

Comme contaminé par le sens juridique du mot, le Petit Robert définit les vacances scolaires comme le temps pendant lequel les écoles "rendent leur liberté aux élèves". Profitons bien de cette libération, et bon courage à ceux qui attendent les résultats -pour filer la métaphore- de leur "mise en examen".

C'est dans toutes ces dimensions que je vais essayer de vivre ce moment qui s'ouvre devant moi, que je vous invite à le vivre également : beaucoup de liberté, un peu de travail extraordinaire et, surtout, une absence totale de jugement...

Bonnes vacances !

Ca commence bien !

Frère Joël Palud  - des vies de Frère, le blog des frères des écoles chrétiennesLe Sauveur nous est né. A peine les chants des anges se sont-ils dissipés, et les rois mages repartis après l'offrande, la réalité nous apparaît sans fard, dans sa tragique modernité. Non content de naître SDF (Sans Douar Familial), le Sauveur doit échapper à un crime contre l'humanité, prendre le chemin des réfugiés vers l'Egypte. Aucun apocryphe ne précise si la Sainte Famille a bénéficié d'un hébergement sous tente sur les berges du Nil généreusement fourni par une O.N.I. (Organisation Non Impériale) ou si elle dut avoir recours à l'aide de bonnes volontés dévouées auprès des sans papyrus... Une chance que Joseph fût peu exigeant et capable de trouver un travail rapidement : il n'a pas risqué sa famille dans une périlleuse traversée de la Méditerranée pour tenter de s'installer dans la banlieue de Rome, sûrement déjà miroir aux alouettes de bien des espoirs frustrés... Cela eût achevé de nous convaincre que ce monde a décidément bien peu changé. Les choses auraient même plutôt empiré : la Sainte Famille devrait, de nos jours, faire la queue au "check point" d'un sinistre mur pour espérer échapper au massacre.

Sans papyrus - Frère Joël Palud - Butare - Rwanda - des vies de Frère, le blog des frères des écoles chrétiennesFaut-il se laisser gagner par la lassitude devant cette apparente immobilité de l'histoire? Sûrement pas ! La bonne nouvelle de Noël tient à cela que c'est précisément cette condition humaine blessée, cabossée... que Dieu lui-même vient éprouver de l'intérieur. Non pour l'exalter, au point qu'il deviendrait enviable d'expérimenter le pire au prétexte qu'Il l'a connu, mais bien pour dénoncer ce qui abaisse l'homme et nous le faire dénoncer, pour rendre ce monde plus habitable et digne de l'homme parce qu'il a été digne de Lui. La tâche est-elle démesurée? Si nous avons des rêves immenses et des impatiences mal maîtrisées, sûrement ! La plus mauvaise manière serait d'oublier de faire chaque jour ce qui est à notre portée en se réservant pour un grand soir qui, par définition, est toujours pour demain. L'âne et le boeuf sont dans nos crêches pour nous le rappeler : incapables de sauver l'humanité, ils se sont contentés du modeste rôle de radiateurs soufflants (il est sûr qu'avec une pneumonie, Jésus démarrait encore plus mal !).

Le rôle modeste est, aux yeux de Dieu, le premier pas toujours indispensable. Battons-nous, certes, pour un monde sans violence faite à l'innocent, sans réfugié, sans exclu du logement ou de l'éducation... Tout ces rendez-vous militants seront à honorer en leur temps. N'oublions pas que le premier rendez-vous est à la crêche. Contentons-nous de voir sourire le Sauveur, contentons-nous de souffler un peu de chaleur : c'est la première chose dont Il a besoin.

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